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Le Pavillon de l’Arsenal imagine un nouvel urbanisme agricole

Publié le 25 janvier 2019

L’exposition « Capital agricole, chantiers pour une ville cultivée » dévoile une nouvelle vision de la ville qui propose d’exploiter le potentiel agricole de chaque parcelle de terrain, à l’échelle de l’Île-de-France.

Le Pavillon de l’Arsenal, musée municipal gratuit dédié à l’architecture, accueille depuis le mois d’octobre une exposition intitulée Capital Agricole. Ici bien sûr, capital est entendu au sens de potentiel agricole de la ville. Augustin Rosenstiehl, architecte de l’agence SOA, est à l’origine de cette exposition qui rassemble travailleurs et chercheurs d’horizons divers, architectes, urbanistes, écologues, sociologues, sur ce thème de la nature urbaine.

Il s’agit d’abord de contredire le cliché selon lequel la nature et l’agriculture seraient antithétiquesPour les Latins, la nature (natura) c’est l’au-delà de l’habitat et de l’agriculture, confondus dans le verbe latin colere qui signifie à la fois habiter et cultiver. Ensuite, sous l’influence du Corbusier et de la Charte d’Athènes, on sépare le territoire en trois catégories : l’urbain, le naturel et l’agricole, tripartition qui régit aujourd’hui encore le territoire.

Pour étayer le projet d’une agriculture mêlée à la nature et à la ville, l’exposition revient sur une histoire oubliée datant de 1900 : une expérience de culture paysanne horticole sur des parcelles restreintes, qui a configuré la géographie de l’Ile-de-France.

L’horticulture francilienne de la fin du 19e siècle

Dès 1870, autour de Paris, des cultivateurs spécialistes proposent une façon harmonieuse de cultiver et de bâtir la ville imbriquée avec la nature, suivant un réseau de chemins vicinaux détaillé et fonctionnel. A l’époque, 5 millions de personnes vivent à Paris, 3 millions intra-muros et 2 millions extra-muros (1 million en plein champ, 1 million dans les bourgs). En 1891, 81 % des fruits et légumes vendus aux Halles sur les 250 000 tonnes proviennent de la métropole (la petite couronne actuelle). L’Île-de-France est un grand pays céréalier. Ses terres, nourries par les immondices de la ville, sont de mauvaise qualité agronomique mais de bonne qualité biologique. Dans les années 20, sous la pression financière, ces petits paysans sont contraints à déménager leurs terres et on leur octroie un hectare qu’ils exploitent pour produire jusqu’à 7 récoltes par an. Des compétitions sont organisées, l’État encourage les brevets et une série d’inventions voient le jour comme la cloche maraîchère. On transforme les jardins du Luxembourg et de Versailles en écoles d’horticultures. Bref, la permaculture est née.

Zonage et urbanisme gaullien

En 1960, de Gaulle cherche à ordonner le territoire. Il s’inspire de la Charte d’Athènes qui promeut un idéal de « ville fonctionnelle » inspiré par Le Corbusier, à l’origine des trois grandes catégories d’espaces : urbain, agricole et naturel. Ensuite, Pompidou fait construire des grands ensembles et des zones pavillonnaires, tandis qu’une forme artificielle de nature urbaine se déploie, bases de loisirs, murs végétalisés, ronds-points, aménagement de gazon en lisières d’autoroutes ou de voies ferrées. Dans l’espace désormais dévolu à l’agriculture, sans droit de regard des habitants de la ville ou de la nature, les bocages sont remplacés par des monocultures intensives. Concrètement, l’engrais propagé par la monoculture appauvrit la biodiversité. L’organisation simplifiée du territoire par zonage dégrade les sols, avec des successions de hangars / pelouses / routes / maisons / jardins / hangars, etc. Voilà une conclusion étonnante de cette exposition qui s’apparente à une enquête : la composition des sols est déterminée par l’architecture, davantage peut-être que par la nature chimique des sols. Et aujourd’hui, la ville de Paris est le premier territoire de biodiversité, car c’est le plus complexe dans l’intrication entre ville et verdure.

A la fin du parcours, un horizon réel pour la ville de demain est proposé par les dessins de Yann Kebbi et les photos de Sylvain Gouraud montrant les acteurs actuels de l’urbanisme agricole, comme ce berger à Saint-Denis ou cette culture cycloponique d’endives dans un garage de la porte de la Chapelle, qui reprend le flambeau 50 ans après la disparition de la dernière champignonnière parisienne. Mais aujourd’hui, la majorité des exploitations des 11 000 agriculteurs d’Île-de-France se fait sans l’intervention d’architectes, d’urbanistes, ou d’écologues.

Reconstituer une filière d’urbanisme agricole

Pour restaurer la biodiversité des terres appauvries, le commissaire d’exposition propose plusieurs pistes et une pratique nouvelle. Par exemple : intervenir sur les grands ensembles, produire localement, réhabiliter les fermes à l’abandon, créer des passerelles pour les animaux que les murets empêchent de passer. C’est aussi la règle qu’il invite à changer : corréler la valeur foncière à la valeur agronomie des sols dans le PLU, opérer un dézonage des terres agricoles… 

Si l’on repense cette frontière caduque entre agriculture et nature, il devient absurde que les collectivités territoriales dépensent autant d’argent pour les espaces verts. Ces investissements pourraient permettre de fusionner l’économie dédiée à la nature et celle dédiée à l’agriculture, en croisant les filières agricoles et celles de la nature urbaine. Ainsi, par exemple, la dépollution pourrait être une activité agricole mise en avant. Enfin, martèle Augustin Rosenstiehl, « l’agriculture a le droit de ne pas être totalement rentable ».

Jeudi 24 janvier, un débat sur la ville future est organisé avec Hélène Béchet, salariée de l’association Terre de liens, Sylvain Gouraud, artiste, Maud Granger Remy, présidente de l’association Abiosol et Florent Sebban, paysan à Pussay.

Visites guidées gratuites tous les samedis et dimanches à 15h

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