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Parcours poétique et artistique
au fil de l’Ourcq

 

Décor historique semé de fresques street art et de lieux pittoresques oubliés, le canal de l’Ourcq se redécouvre lors d’une balade créative. Récit de cette expérience réalisée en compagnie d’un groupe d’étudiants de la faculté de Villetaneuse, lors d’une froide matinée de mars 2021.

Publié le 24 juillet 2021

Dans la matinée du 5 mars 2021, j’avais donné rendez-vous au métro Jaurès à un groupe d’étudiants de l’Université Sorbonne Paris Nord en Licence 3 Information-communication, parcours « culture, médias, édition », pour une balade parisienne culturelle.

Je leur proposais un itinéraire à la fois historique, poétique et artistique au fil du Canal de l’Ourcq, entre la Rotonde de Ledoux, place de la Bataille-de-Stalingrad, ancienne barrière d’octroi du mur des fermiers généraux, et le parc de La Villette aménagé au milieu des années 1980.

Au fil de cette balade, j’ai évoqué le pont levant de la rue de Crimée, les fresques street art réalisées lors du festival Ourcq Living Colors, là où la rue de l’Ourcq franchit le canal, et la poésie surréaliste sur le pont de la petite ceinture, à l’emplacement d’un lieu mythique et disparu – ce Château tremblant évoqué par Prévert, filmé par Carné.

A l’issue de cette matinée, certains ont rendu compte de la balade en sons et en images, ainsi que sur la page dédiée d’un site qu’ils ont conceptualisé.

Un peu d’Histoire

Paris possède un réseau fluvial qui s’étire sur plus de 130 kilomètres à travers la Seine-Saint-Denis, la Seine-et-Marne, l’Oise et l’Aisne. Il se compose du canal Saint-Denis (6,6km), du canal de l’Ourcq (97km) et du canal Saint-Martin (4,5km).

L’histoire du canal est longue et ancienne, elle remonte à François Ier qui veut alimenter Paris en bois de chauffage provenant des forêt de Retz, en puisant les eaux de la rivière Ourcq, dont Léonard de Vinci aurait réalisé des plans d’écluses. Mais c’est finalement Bonaparte qui fait aménager le canal Saint-Martin et le canal de l’Ourcq qui puise sa source en amont à Mareuil-sur-Ourcq, dans l’Oise. A l’époque, il est censé être un réservoir d’eau potable pour les Parisiens, avant de redevenir une voie d’acheminement des marchandises. En 1832, lorsqu’une épidémie de choléra décime Paris, les habitants alimentés par l’eau du bassin de la Villette, d’une propreté bien supérieure à celle de la Seine, en sont davantage épargnés.

1. La Rotonde de Ledoux

La rotonde de la Villette, ou barrière Saint-Martin, est l’une des seules barrières d’octroi encore visible aujourd’hui, avec la rotonde du parc Monceau, les pavillons de la barrière Denfert et les colonnes de la barrière du Trône. Construite juste avant la Révolution par Claude Nicolas Ledoux comme élément du mur des Fermiers généraux, elle fut occupé par la commission du Vieux Paris, puis laissée à l’abandon entre 2004 et 2009, avant de devenir un restaurant.

 2. Le bassin de la Villette

Entre la rotonde de la Villette et le pont de la rue de Crimée, dernier pont levant de Paris, s’étire le bassin de la Villette. Ce bassin rectangulaire, d’une longueur de 699 mètres pour 70 de large, est bordé d’immeuble des années 1970. C’était un coin encore assez pauvre il n’y a pas si longtemps. L’apparition des cinémas MK2 quai de Loire et quai de Seine en 1996 a entamé une métamorphose qui s’est poursuivie avec l’arrivée de spots tendance, comme les péniches Anako, Antipode, ou L’eau et les rêves, qui fait office de librairie. En 2007, Paris Plage aménage les berges du bassin en base nautique, après les rives de la Seine. Puis ce sont de nouveaux bars qui ouvrent, comme le Pavillon des canaux dans un bâtiment des services fluviaux.

Quant à l’aménagement des magasins généraux, ces entrepôts destinés à stocker grains et marchandises, le bâtiment côté Seine est détruit par un incendie en 1990 et reconstruit en 2008 par l’agence Philippe Chaix, JP Morel & associés, au même gabarit que celui côté Loire. Le premier abrite aujourd’hui un hôtel, une auberge de jeunesse et un restaurant La Criée, le second une brasserie de bière parisienne et une résidence étudiante. Ce face à face offre une confrontation intéressante entre passé industriel et architecture contemporaine.

3. Le pont levant de la rue de Crimée

Mis en service en 1885, le dernier pont levant de la capitale connaît encore chaque année près de 9 000 manœuvres. Lorsque le pont levant est en action pour laisser passer un bateau, les piétons peuvent traverser à côté sur une passerelle fixe et surélevée : la passerelle de la rue de Crimée. Il m’a toujours semblé surprenant que nombre de piétons et de cyclistes attendent patiemment devant la barrière baissée, le temps de la manœuvre éclusière, plutôt que de franchir les quelques marches du pont.

Une photo de Doisneau montre Jacques Prévert en 1955 fumant une cigarette sur le pont levant de la rue de Crimée, un ouvrage d’art unique à Paris :

4. Le pont de la Petite Ceinture

Hasard objectif, coïncidence géographique ou symbolique : à l’endroit où le pont de la Petite Ceinture franchit le canal de l’Ourcq, un lieu mythique du Paris surréaliste côtoie l’évolution la plus récente du street art parisien.
Au Château tremblant était un petit hôtel qui bordait le canal, dont les fenêtres s’ouvraient sur la passerelle du chemin de fer de ceinture qui l’enjambe. Pourquoi tremblant ? Parce qu’il « tremblait quand le train passait », explique Prévert dans un entretien filmé.
– Au même endroit quasiment, et non loin du mythique terrain de Stalingrad, le graffeur Da Cruz a créé le festival de graffiti Ourcq Living Colorz qui colore le périmètre entre la rue de l’Ourcq et le canal.

5. Le rond-point des canaux

Le bassin de forme circulaire où convergent le canal de l’Ourcq, qui conduit depuis plus de 100 km l’eau de la rivière Ourcq, et le canal Saint-Denis qui rejoint la Seine à Saint-Denis, m’a toujours paru beau et poétique. Peut-être est-ce dû également à la présence de cette darse du Fond-de-Rouvray, défendue par une cahute d’éclusier, qui sert de port aux bateaux du service des Canaux. Ce lieu marquait aussi le point de départ d’une balade fluviatile d’inspiration situationniste dont j’ai rendu compte sur le site.

6. Le parc de la Villette

C’est ici, à l’emplacement des anciens abattoirs de la Villette construits en 1867 sur décision de Napoléon III, détruits en 1974 et dont il reste de rares vestiges (la grande halle), qu’a été aménagé le plus grand espace vert parisien (exception faite du Père Lachaise) inauguré en présence de François Mitterrand en octobre 1987. Il s’étend sur 55 hectares dont 33 d’espaces verts.

Restitution poétique

A l’issue de ce parcours de plus de deux heures entre la Rotonde et le parc de la Villette, j’ai demandé aux  étudiants de marquer une pause, un temps d’introspection et de remémoration, et je leur ai soumis quelques exercices, quelques pistes d’écriture en vue de composer une ou plusieurs phrases évoquant cette expérience.  A partir de ces courts textes écrits par Oumou, Leslie, Walid, Anaïs, Florin, Yasmine, Elyse, Théo, Eva, Cilia, Alexandre, Cécile, Bakary et Alexandra, j’ai agencé un poème collectif :

ON PREND LE TEMPS
On prend le temps d’observer
On prend le temps
et on observe
les moindres recoins d’une ville où d’ordinaire
on ne s’arrête jamais
On prend le temps de s’arrêter
On prend le temps
au milieu de rues où passent les passants
L’histoire des murs nous apparaît
nous apparaît
Ils portent l’expression de ceux qui sortent les bombes,
produits d’un environnement qu’ils se réapproprient.

LES GRAFS
Le soleil colombien de Da Cruz fait oublier le froid transperçant du canal
Le vent glacial de l’Ourcq nous emmène où les SDF tombent,
on est pas en 45 mais c’est quand même Paris sous les bombes.
Le froid de l’atmosphère et la chaleur des couleurs nous heurtent
et s’entrechoquent

LES BABY-FOOTS
Les babyfoots du bord de l’eau, bébé-pieds impropres
image de nos premiers pas
petits pieds ingénus qui s’apprêtent à fouler
un immense canal
chargé d’histoire(s)

LE PONT
Tout le monde me marche dessus
certains roulent certains courent d’autres sautent
J’aime les rencontrer, les écouter
raconter leurs conversations à la nuit tombée
J’ai envie de leur parler mais je tremble et ils tanguent
alors ils crient et s’en vont
Entre l’urbain et la nature, il n’y a qu’un pont.

LE PARC
C’est un parc à deux étages
on s’y retrouve
aujourd’hui on y passe
– tout le monde semble si pressé –
Le parc, cet artiste nous transporte au gré de ses folies
univers singulier au cœur de frénésie
Au centre de la Villette, aux côtés du dragon de fer
se dresse le majestueux hippocampe
Le parc est un hérisson qui porte un dragon sur son dos
Un dragon glacial aux veines emplies d’eau
Regardez comme il respire

LES COUREURS
On se balade avec une carte
Paris par le street art
et les couleurs se révèlent
aux coureurs
A toute vitesse, ils courent, ils courent tous
Derrière qui ? Pour fuir quoi ? Quelle énergie les pousse ?
Entre les vélos, le canal et les murs colorés
Malgré le froid et le vent
Peut-être retourneront-ils plus vite
à la vie d’avant

* * *

Au canal de l’Ourcq rêveur
Depuis les ponts éternels
Virevoltent âmes et couleurs
D’une balade naturelle

 

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Un grand merci aux étudiants pour leur participation et à leur professeur, Judith Mayer, de m’avoir sollicité pour animer cette balade.

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