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Le passé industriel du 15e

Aujourd’hui, les témoignages architecturaux rappelant le passé industriel du 15e se font rares, si ce n’est quelques vestiges comme les toitures industrielles de la faculté Saint-Charles. Mais cette mémoire est perpétuée par des noms de lieux, le quartier Javel rappelant la présence de l’usine de produits chimiques du comte d’Artois, ou le parc André Citroën qui s’étend sur une partie des mythiques usines de la marque au chevron. L’actuel 15e, ces vastes terrains annexés en 1860 sur les villages de Grenelle, Vaugirard et du quartier de Javel qui appartenait à Issy, a connu une histoire riche d’inventions industrielles, en particulier sur le nouveau village de Grenelle, établi entre 1820 et 1830 par l’entrepreneur Jean-Léonard Violet. On pourrait aussi évoquer la fabrique de locomotives Cail-Derosne, les ballons dirigeables de Lachambre, les aéroplanes des frères Voisin – ou encore les vestiges des Expositions Universelles, comme la statue de la Liberté de Bartholdi sur l’île aux Cygnes en 1889 et le Parc des expositions en 1937. Mais alors on s’éloignerait d’un sujet qui concerne, stricto sensu, l’histoire des industries du 15e, laquelle connut son apogée entre 1850 et 1950.

Barrière de Grenelle (dessin de Palaiseau)

Histoire de Grenelle et de Javel

Au 17e siècle, au débouché de l’actuelle rue de Javel, en face du Point du Jour, se dressait une maison blanche baptisée « maison du bac de Javelle », car alors aucun pont ne rejoignait la rive gauche à Auteuil. C’est là qu’au 15e siècle les nautoniers de la Seine construisent un petit port surnommé Javetz – le nom s’écrira ensuite successivement Javelle puis Javel. Au 17e, donc, on y trouve un moulin et une guinguette où viennent se promener les canotiers et les Parisiens venus prendre l’air.

Jusqu’en 1778, la plaine de Grenelle, comme celle de Vaugirard, était inhabitée. C’est une des raisons, avec la proximité de Paris et d’une voie navigable, la Seine, pour lesquelles les premières manufactures s’y installèrent. C’est là, un peu en aval, dans une usine de produits chimiques fondée en 1777 par le comte d’Artois, frère de Louis XVI, que Claude-Louis Berthollet produit un désinfectant à base d’hypochlorite de sodium ou sel de potasse, connu depuis sous le nom d’eau de Javel. Cette industrie chimique polluante aux relents nauséabonds était tolérée hors les murs. Dès lors, le quartier allait foisonner de blanchisseries.

Si le 15e arrondissement a été créé en 1860 par l’annexion de deux communes très différentes, Grenelle et Vaugirard, c’est surtout la première qui nous intéresse ici, dans la mesure où Vaugirard avait été pendant six siècles un petit village de laboureurs. Grenelle, ville nouvelle créée au bord de la Seine par un entrepreneur ambitieux, était une cité essentiellement industrielle de 20 000 habitants, pour la plupart nouveaux venus dans la région parisienne.

Au début du 19e siècle, à l’image des pionniers américains faisant émerger des villes du désert, un élu local crée de toutes pièces un faubourg bourgeois au milieu de marécages. En 1824, avec son associé Alphonse Letellier, également conseiller municipal de l’ancien village de Vaugirard, Jean-Léonard Violet acquiert sur le territoire de la commune près de 105 hectares de terrains à lotir. Nommé « Beaugrenelle » avant d’être rebaptisé plus modestement de son nom d’origine, « Grenelle », le lotissement Violet, d’une ampleur exceptionnelle, se construit entre la Seine et la rue de la Croix-Nivert, et au nord jusqu’à l’enceinte des Fermiers généraux.

Jean-Léonard Violet fait construire une digue de 880 mètres – devenue aujourd’hui l’île aux cygnes – et dispose ses usines là où les autres industriels n’avaient pas songé à s’installer, craignant de manquer de main d’œuvre au-delà des limites de Paris. Autour de l’axe central de la rue du Commerce et d’une nouvelle place, Violet fait tracer des rues perpendiculaires en damier. La construction de l’église Saint-Jean-Baptiste en 1825, du pont de Grenelle en 1826, l’aménagement d’un port sur la Seine pour le trafic par voie d’eau et d’une gare fluviale destinée à entreposer les marchandises, achèvent cet ensemble organisé en réseau global. L’ouverture d’une ligne de chemin de fer longeant la Seine, en 1878, accroîtra encore l’attractivité de Grenelle et de Javel.

L’hôtel particulier que Violet habitait dès 1824 au 6 Place Violet, toujours visible au 78 rue des Entrepreneurs, est devenu une caserne de pompiers. L’église Saint Jean-Baptiste est inaugurée par la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI. Quant au théâtre de 800 places fondé en 1829, rue de la Croix-Nivert, il a été remplacé par un immeuble qui accueillit un cinéma, lequel a disparu en 1983.

Les premières usines de produits chimiques

La manufacture de produits chimiques du comte d’Artois s’installe en 1778 à Javel, à un endroit qui correspondrait aujourd’hui au nord du parc Citroën. Vers 1785, Berthollet découvre l’action blanchissante de l’hypochlorite de potassium sur le linge. Le remplacement de l’hypochlorite de potassium par celui de sodium donne au produit un pouvoir désinfectant (eau de Javel). L’usine fonctionne jusqu’en 1895, avant que ne s’implantent sur les lieux les Aciéries de France et la Société parisienne du Caoutchouc industriel, dite « Le Pneu Lutétia ». Une carte postale montre les cours intérieures de la Société parisienne du caoutchouc industriel, au 151 Quai de Javel. C’est ici-même, toujours, qu’en 1915 André Citroën installe son usine de munitions qui sera transformée au lendemain de la Grande Guerre en usine d’automobiles (la première Citroën est présentée au Salon de 1919).

En 1790, un magistrat, Jean-Baptiste Payen, crée le long de la Seine à la hauteur de l’actuelle rue de Javel, une fabrique d’ammoniaque. Son fils, Anselme, un scientifique reconnu, reprend le flambeau jusqu’en 1840. Il perfectionne le raffinage du sucre et découvre la cellulose, principal composant des parois des cellules végétales, en 1834.

Une importante usine à gaz est inaugurée à Vaugirard en 1835, elle y restera jusqu’en 1909, avant que ne soit tracé le square Saint-Lambert et édifié le lycée Camille Sée. Michel Debonne, dans le Bulletin n°17 de la Société historique de l’arrondissement, écrit ceci : « A Vaugirard, c’est la fronde. Les cris, les menaces, les pétitions se succèdent contre la construction d’une usine à gaz. On dit que le feu des fours risque de provoquer des explosions, que les émanations de gaz flétriront les cultures des marais voisins. (…) Moins d’un an plus tard, en 1836, l’usine à gaz de Vaugirard est construite, les 38 premiers ouvriers embauchés ; la production peut commencer. (…) L’usine connut par la suite de nombreuses réussites : l’alimentation des premiers réverbères de la rive gauche, ceux de la rue de Lourmel, la fourniture du gaz pour quelques ballons qui portèrent le courrier vers la province durant le Siège de Paris, (…) Mais elle causa également bien des nuisances, tant par l’incessant passage des tombereaux qui lui livraient le charbon depuis la gare et le port de Grenelle, que par l’émanation d’une âcre odeur de soufre et d’ammoniaque qui empestait le quartier. »

Deux usines de produits chimiques sont construites passage de l’Industrie, aujourd’hui rue Duranton : en 1836, celle de Jean-Baptiste Thibouméry, dernier maire de Vaugirard (1848-1859). Et, en 1841, au 190 rue de la Croix-Nivert, l’usine Delacretaz. Deux longues barres de HLM ont été construites à son emplacement en 1957.

Entre 1839 et 1867 fonctionne la fabrique de couleurs et vernis Lefranc, entre la rue Linois et la rue des Entrepreneurs (Robert-Keller). Alexandre Lefranc fabrique, en collaboration avec des artistes connus, jusqu’à 120 nuances de couleurs et vernis, ainsi que des encres d’imprimerie. A partir de 1859, il commercialise les tubes d’étain à fermeture hermétique qui feront sa renommée.

De nombreuses blanchisseries, briqueteries, boyauderies se développent, notamment la « briqueterie de Vaugirard », sur le territoire d’Issy, qui subsista jusqu’à la création du Parc des Expositions.

Société Le Pneu Lutétia vers 1910
L'usine de gaz vers 1900, aujourd'hui square Saint-Lambert ©SHA15
La Société urbaine d’air comprimé rue Leblanc (1919-1992)

Télégraphie et air comprimé

Vers 1840, une fabrique d’objets en caoutchouc est présente au 7 rue du Théâtre. Elle sera rachetée en 1862 par Emile Menier qui y produit des pneus pour vélocipède et des câbles télégraphiques sous-marins recouverts de caoutchouc. Elle est rachetée en 1889 par la Société générale des téléphones, ancêtre de la CGE (Compagnie générale d’électricité). A noter, Émile est l’héritier des établissements de chocolat Menier, qui constituent un superbe témoignage d’architecture industrielle toujours visible à Noisiel (77).

Entre 1910 et 1978 dans le périmètre de Citroën-Javel, au 49 rue Leblanc, était active la SUDAC (Société urbaine d’air comprimé), dont le bâtiment le plus remarquable, classé monument historique, était situé quai Panhard-et-Levassor, dans le 13ᵉ arrondissement. Il faut savoir qu’à la fin du 19e siècle, deux modes de transport de l’énergie, l’électricité et l’air comprimé, se font concurrence. Si en matière d’éclairage, la fée électricité paraît sans rivale, l’air comprimé fournit la pression nécessaire aux ascenseurs hydrauliques, pompe les eaux usées, fait tourner les broyeuses et autres machines à tisser, coudre ou hacher.

Les chemins de fer

En 1844 arrive quai de Grenelle, entre le boulevard de Grenelle et l’actuelle rue du Docteur Finlay, l’entreprise de chaudières Derosne et Cail qui construit à partir de 1844 des locomotives, dont les célèbres locomotives de vitesse Crampton roulant à 120 km/h. Jean François Cail, resté seul, y fabrique ensuite des ponts métalliques et des machines-outils. Durant la guerre de 1870, il fournit au gouvernement de Défense nationale un train blindé, des canons, des canonnières. Cette usine deviendra la plus importante entreprise industrielle de la région parisienne, avant d’être transférée à Denain et à Douai, pour se rapprocher du charbon, en 1895.

Au 65 quai de Grenelle, en 1856, l’entreprise Chevalier, du nom d’un conseiller municipal de Grenelle, construit du matériel ferroviaire : wagons, wagons-lits, wagons spéciaux pour chefs d’État et souverains de l’époque. Le terrain sera racheté par Citroën en 1925 pour en faire une de ses quatre usines (Citroën-Grenelle).

En 1866, Henri-Pierre Flaud installe 43 rue de la Fédération une manufacture de pompes à feu, l’ancêtre de la pompe à incendie, actionnée par la vapeur (pompe à vapeur) ou par un bras (pompe à bras). Il y fabrique aussi des moteurs à vapeur. Elle disparaîtra vers 1933. En 1871 l’entreprise Flaud est le seul fournisseur des pompiers de Paris.

Appareil d'évaporation de Derosne et Cail @ Association C.A.I.L. Chef-Boutonne
Atelier de M. Lachambre, fabricant de ballons de baudruche, aérostats, etc. 24 passage des Favorites, Paris, Vaugirard. Août 1883. Dessin d'Albert Tissandier. wikimedia Commons

L’aérostation

Les premiers ballons et dirigeables sont construits par Henri Lachambre passage des Favorites, dans l’actuelle rue des Favorites, à l’angle de la rue La Quintinie, à partir de 1879. En 1888, son ballon captif, le Jules Verne, effectue des ascensions publiques au 80bis avenue de Suffren. Pour l’exposition universelle de 1889, un aérostat de 2600 m3 au 127 boulevard de Grenelle emporte dix passagers qui jouissent d’une vue panoramique de Paris. Santos Dumont lui commande le premier dirigeable à moteur, qui sera aussi le premier à tourner autour de la tour Eiffel en 1901.

Ascenseurs

Trois usines d’ascenseurs s’établissent dans le 15e. D’abord, les ascenseurs Léon Edoux, en 1864, au 76 rue Lecourbe. Présents à l’Exposition universelle de 1867, ils réalisent l’ascenseur du troisième étage de la tour Eiffel. L’usine fermera en 1965.

Au 18-24 rue Tiphaine, Vernes, Guinet et Sigros, puis Roux-Combaluzier étaient spécialisés dans les escaliers mécaniques, entre 1897 et 1965.

Quant à Jomain, il est présent au 32-42 rue Brancion de 1919 à 1965.

L’aviation

Si les premiers essais aéronautiques du champ d’aviation d’Issy ne peuvent être considérés comme de l’industrie, bientôt s’installent autour dudit champ les ateliers de certains constructeurs comme Voisin, Nieuport, Caudron ou Clément-Bayard.

En 1906, Gabriel Voisin rachète l’usine Louis Blériot d’Issy-les-Moulineaux et établit, avec son frère Charles, la société Appareils d’aviation Les Frères Voisin, première usine d’avions commerciaux d’Europe. C’est avec un de leurs appareils qu’Henri Farman établit le premier vol d’un kilomètre en circuit fermé sur le terrain d’aviation d’Issy en janvier 1908.

Déjà propriétaire de la Société de constructions aéronautiques Astra à Suresnes, Henry Deutsch de la Meurthe décide de racheter les brevets Nieuport et crée la Société Anonyme des Établissements Nieuport qui assure la production d’avions dans une nouvelle usine à Issy.

À partir de 1908, Adolphe Clément-Bayard, après avoir fait fortune dans la fabrication de vélocipèdes et en tant que constructeur automobile, se lance dans la construction de dirigeables dont il fait construire les enveloppes par la société Astra.

La société des avions Caudron, créée par les frères Caudron en 1909, initialement installée au Crotroy dans la baie de Somme, s’installe aussi à Issy où elle fabrique de nombreux avions pour l’armée française durant la première guerre mondiale.

De même, vers 1910, Armand Deperdussin, 19 rue des Entrepreneurs, construit des avions SPAD (Société de Production des aéroplanes Armand Deperdussin) qui équiperont une bonne partie de l’aviation française pendant la guerre 14-18. Elle sera reprise par Louis Blériot

En 1910, Pierre Levasseur, 17-21 place Félix Faure, construit des avions, des hydravions et des hélices. C’est là que sera fabriqué le célèbre « Oiseau blanc » de Nungesser et Coli, un biplan qui disparut le 8 mai 1927 avec ses deux pilotes lors de la première tentative de traversée aérienne de l’Atlantique Nord sans escale. L’entreprise cesse son activité en 1962.

La Précision moderne, 47 rue des Bergers se spécialise dans les années 30 dans les instruments de navigation aérienne, jusqu’en 1952. Aujourd’hui, le bâtiment, préservé, est occupé par l’université Paris I-Arts plastiques.

Champ d'Aviation d'Issy-les-Moulineaux - Départ de Mamet sur Blériot ©SHA15

L’automobile

Les frères Mors créent en 1885, au 48 rue du Théâtre, un tricycle qui fonctionne à la vapeur grâce à une chaudière chauffée au pétrole. Dix ans plus tard, ils sortent leur première voiture. L’entreprise sera redressée en 1907 par André Citroën, qui en fera son bureau d’études en 1925.

En 1912, André Citroën installe au 31 quai de Grenelle sa jeune entreprise d’engrenages où il développe un nouveau système d’engrenages à double chevron, qui deviendra l’emblème de sa marque d’automobiles.

Durant la guerre, de 1915 à 1918, il établit une usine de fabrication d’obus quai de Javel, qui fonctionne essentiellement grâce à un personnel féminin auquel il accorde des avantages sociaux liés à la guerre (coopérative, pouponnière, services médicaux…). Il la transforme en usine d’automobiles en 1919 et s’étend progressivement, de 1923 à 1926, en achetant des terrains voisins pour la création des usines Gutenberg (65 rue Balard) et Saint-Charles (203-215 rue Saint-Charles), avant de reconstruire entièrement l’usine de Javel en 1933.

André Citroën voulait installer en France une industrie automobile à l’américaine. De fait, il produit des voitures de série bon marché, familiales, accessibles aux ménages en temps de crise, en appliquant les principes du fordisme découverts à l’occasion d’un voyage à Détroit en 1913.

Il développe la publicité d’une façon novatrice. Lors du salon de l’automobile de 1922, au Grand Palais, Citroën fait voler un avion qui écrit à jets de fumée les lettres de la marque dans le ciel. C’est aussi le seul constructeur automobile à avoir pu afficher son nom sur la tour Eiffel, en 1924, avec 250 000 ampoules.

Tandis que les usines Renault, plus anciennes, occupent l’ile Seguin, à Boulogne, un peu en aval de la Seine, les usines Citroën se déploient sur une surface bien plus grande que l’actuel parc éponyme, sur plusieurs sites (usines, laboratoires et bureaux d’études) répartis depuis le périphérique jusqu’à l’actuel quartier Beaugrenelle, dont 22 hectares de terrains de part et d’autre des rues Balard, Gutenberg, Saint-Charles.

Après la faillite de 1935 et le décès d’André Citroën, l’entreprise est reprise par son principal créancier, Michelin. Elle ferme en 1975 avant d’être progressivement démolie jusqu’au départ définitif en 1982.

Musique, horlogerie, charpente, grues…

Installée vers 1856 au 140 rue Saint-Charles, la société Thibouville-Lamy, résultant du mariage de Louis Émile Jérôme Thibouville avec Marguerite Hyacinthe Lamy, va développer la plus importante manufacture d’instruments de musique de la région parisienne.

L’usine d’horlogerie Henry-Lepaute, s’installe en 1875 au 139 rue de Vaugirard. Elle fabrique notamment l’horloge de l’Hôtel de Ville et celle de la Mairie du 15e. On la retrouve en 1913 au 17-23 rue Desnouettes. Elle sera détruite par un incendie en 1952.

Au 24-28 rue Labrouste, une association ouvrière issue du compagnonnage s’installe en 1893 sous le nom « les Charpentiers de Paris ». Elle sera délocalisée à Bagneux en 1969.

En 1904, on trouve au 248 rue Lecourbe l’entreprise Emile Decauville qui fabrique des grues et presses hydrauliques. Elle déménagera en 1920, sous le nom d’Emidecau, à l’angle Vouillé-Cronstadt, où elle restera jusque vers 1963.

Au début des années 1920, l’entreprise Jaquemet-Mesnet, établie au 92-98 rue de la Convention, fabrique des persiennes et des fermetures métalliques. Elle sera démolie en 1964.

Decauville au Salon de l'Automobile en 1901 (La Vie au Grand Air du 22 décembre 1901)

L’électricité et ses applications, télégraphie, téléphonie, télécommunications

En 1867, Sautter arrive au 26 avenue de Suffren et au 35 rue de la Fédération (avant de devenir Sautter et Lemonnier). L’usine réalise en 1889 le phare de la tour Eiffel, puis, devenue Sautter et Harlé, diversifiera ses productions en mécanique, optique, électricité, turbines. Elle fermera en 1960.

L’Eclairage électrique, fondée en 1877, s’est installée au 250 rue Lecourbe en 1890. A l’étroit, elle a déménagé au 364 en 1899, là où s’élève aujourd’hui le Grand Pavois. Elle sera absorbée par Thomson en 1918 (voir plus loin).

En 1892 s’installe au 2 rue des Entrepreneurs (Robert Keller) et rue Emeriau, la Société générale du téléphone, reprise par la CGE (Compagnie générale d’électricité). En 1969, la CGE, qui avait absorbé Alcatel en 1966, devient l’actionnaire majoritaire d’Alsthom.

L’entreprise d’appareillage électrique Postel-Vinay s’est installée en 1892 au 219 rue de Vaugirard. Elle est spécialisée en télégraphie, signaux pour les chemins de fer, puis en matériel téléphonique. Elle sera absorbée par Thomson en 1904 (voir plus loin). C’est dans ces ateliers de la rue de Vaugirard qu’ont été motorisés plusieurs lignes de tramway et le métro parisien.

La création d’une multinationale : la Thomson

En 1893, un accord entre une société française et une société américaine aboutit à la création de la Compagnie française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston (CFTH). Quelques années plus tard, rebaptisée Thomson-Houston, elle absorbera successivement Postel-Vinay (1904), puis L’Éclairage électrique (1918). Les différentes usines sont réparties sur plusieurs sites du 15e arrondissement : rues Lecourbe/Leblanc/Vasco de Gama, rue de Vouillé, rue des Favorites, rue du Hameau, rue et boulevard de Vaugirard. En 1928 est créée Alsthom, fusion de Thomson et de la Société alsacienne de constructions mécaniques. Après de très nombreuses modifications et restructurations, il ne reste plus rien de cette immense entreprise du 15e.

Entrepôts Thomson, rue de Vouillé ©SHA15
Façade de l'Imprimerie nationale ©SHA15

Les imprimeries

La fameuse société d’imprimerie Brodard et Taupin, produit de la réunion des imprimeries Brodard et des Ateliers Joseph Taupin en 1923, était installée au 4-6 rue Saint-Amand et 6 place d’Alleray. En fait, Joseph Taupin avait repris en 1908 une petite société de brochage et de cartonnage de livre sise à cet endroit. Il a considérablement développé et modernisé son entreprise, en s’assurant de gros contrats comme le cartonnage de La Revue des Deux Mondes, ou de catalogues de grands magasins, pour en faire l’entreprise de brochure industrielle la plus importante de France, qui imprimera les Livres de poche entre 1953 et 2007. En 1974, Brodard & Taupin quitte Paris et s’installe à La Flèche, dans la Sarthe. L’emplacement a été occupé ensuite par le siège de France-Télécom.

Les éditions Hachette ont occupé des locaux rue Balard, à l’angle de la rue des Cévennes, de 1930 à 1977.

L’Imprimerie Nationale, qui fait notamment office de conservatoire de caractères typographiques, est inaugurée en 1922 au 27 rue de la Convention. Elle y demeure jusqu’à la vente des bâtiments en 2003, lesquels accueillent en 2007 une annexe du Ministère des Affaires Étrangères.

L’industrie alimentaire

La fabrique de biscuits Hanin, spécialisée en petits fours et pains d’épices, s’était établie au 329-343 rue Lecourbe.

La conserverie Olida était située 84 rue Olivier de Serres. Maison fondée en 1855 par Ernest Olida rue Drouot, elle était leader en charcuteries et salaisons, et lancera la marque Cochonou en 1971.

La brasserie de Vaugirard (Moritz) était installée dans une vaste usine, au 189 rue de Vaugirard, entre 1848 et 1960. Elle y produisait surtout des bières pils, y compris des bières non alcoolisées et des limonades.

La brasserie Schmitz était présente au 55-57 avenue de La Motte-Picquet.

Les Glacières de l’Alimentation étaient une société créée en 1903 par Arthur Millon au 112-122 avenue Félix Faure.

Enfin, on ne saurait oublier les abattoirs de Vaugirard qui s’illustrèrent dans l’industrie de la viande chevaline et dont deux vertiges sont encore présents : le beffroi du Parc Georges Brassens (1898) et la halle aux chevaux (1907) qui accueille le marché du livre et du disque ancien.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, il n’y a plus guère d’usines dans le 15e, entre Grenelle et Javel, mais on y trouve les sièges de grands groupes industriels dans les domaines de la Défense et de l’aérospatial, à l’image de Safran, Airbus Hélicoptères, DCNS, ou Eutelsat.

Néanmoins, le Port de Javel-bas, entre le pont Mirabeau et le Parc André-Citroën, est un port industriel occupé par deux entreprises de matériaux de construction : Point P et Lafargue, Raboni ayant quitté le site. Près de 200 ans après que Violet eut conçu le Port de Grenelle, il est donc question de réaménager les ports de Suffren, Grenelle, Javel-haut & bas et Victor en les reliant par une promenade de plus de 3 kilomètres, tout en conservant l’activité industrielle de Javel. Une navette fluviale gratuite relie la Tour Eiffel et le centre Beaugrenelle, tandis qu’une piscine flottante devrait ouvrir au débouché du parc Citroën en 2018. Enfin, un ponton sera créé sur le quai de Grenelle pour permettre une nouvelle escale au bateau bus. A côté de l’antique maison du bac de Javelle ?

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