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Reportage sur la randonnée du Parc des Hauteurs

Imaginé par Est Ensemble et d’autres partenaires territoriaux, le Parc des Hauteurs décrit une boucle de 32 kilomètres autour du plateau de Romainville, sur le territoire de 10 communes franciliennes. Une randonnée gratuite de 17 kilomètres y était organisée le 23 septembre dernier, très plébiscitée par les marcheurs malgré la pluie.

Publié le 23 octobre 2018

Le Parc des Hauteurs a beau correspondre à une géographie réelle, il n’a pas d’existence officielle et n’est pas connu de ses riverains. C’est d’abord un ensemble géologique, un plateau calcaire qui servit de carrières pour construire Paris, ensuite un « projet stratégique pour Est Ensemble et le Grand Paris ». Vu du ciel, il aurait la forme d’un nuage évasé qui s’étendrait des Buttes Chaumont au fort de Rosny, et du parc des Beaumonts à Montreuil jusqu’au bois de Romainville. À vrai dire, ce territoire n’est jamais perçu comme un ensemble, puisqu’il s’étale sur plusieurs communes du 93, ainsi que sur Paris et Fontenay. Ce n’est donc pas un hasard si c’est la communauté de communes concernée qui cherche à le faire exister comme un lieu de promenades et de loisirs, avec ce que cela peut comporter de controverse, notamment quant à la transformation de la « jungle » de Romainville, actuellement inaccessible au public – cela fera l’objet d’un prochain article. En circonscrivant à pied cette butte naturelle, on peut obtenir une « promenade des hauteurs » offrant une série de points de vue imprenables sur la banlieue et sur Paris. L’objectif est donc de tracer un parcours qui mette en valeur les parcs et les espaces verts qui s’y trouvent, et notamment cette « corniche des Forts » figurant sa limite nord, succession de forts bâtis sur une crête pour protéger Paris au 19e siècle, depuis Les Lilas jusqu’à Nogent – qui serait l’annexe sud-est du nuage décrit plus haut. Autre enjeu, plus politique celui-là : préservation du patrimoine, accès aux espaces verts et amélioration du cadre de vie des habitants. Un dépliant du projet a été réalisé par Paul Lecroart, urbaniste à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (IAU IdF), agrémenté de photos et de plans qui synthétisent cette dimension géologique aussi bien qu’urbaine.

Une marche rythmée

Ainsi, dimanche 23 septembre 2018, une marche populaire traversant une partie de ce territoire était organisée par Est Ensemble, le comité du tourisme du 93, la fédération française de randonnée du 93 et l’association du Sentier métropolitain du Grand Paris. Cette « grande rando du Parc des hauteurs » s’inscrivait à la suite d’une série d’autres marches couvrant un périmètre plus réduit, qui étaient parties de différents lieux parisiens ou séquano-dionysiens. Quatre groupes étaient prévus, dont les départs depuis le Parc de Belleville étaient échelonnés entre 9h et 10h30, avec des arrivées prévues entre 14h30 et 16h au Parc des Guilands, à cheval entre Bagnolet et Montreuil. En soi, le programme supposait une bonne capacité de marche, ce que la célérité des participants allait vérifier, prompts à abolir d’un bon pas les distances entre les escales du parcours. Grosso modo, la marche se composait en trois parties et trois ambiances : les parcs parisiens, la corniche des forts et un itinéraire plus urbain à Bagnolet.

Au rythme imprimé par la marche, on comprend que la randonnée n’est ni une dérive, ni une flânerie : elle a surtout pour but de relier des points d’intérêt mis en lumière par un expert chaque fois différent. Escales prévues : Buttes Chaumont, maisons de la Mouzaïa, butte du Chapeau Rouge, cité-jardin du Pré-Saint-Gervais, bois de Romainville, piscine Tournesol aux Lilas, château de Bagnolet et enfin la maison du parc des Guilands. L’espace entre les étapes ne laisse pas de doute sur la vitesse de la marche, ces 17 kms devant être parcourus en 5h30, pic-nique inclus.

Malgré une journée grise et humide qui sera d’ailleurs ponctuée d’averses parfois très violentes, la participation est un succès. Environ 500 personnes au départ, peut-être la moitié à l’arrivée.

Au fil de trois parcs parisiens

A 10h30, une masse de gens compacte occupe la terrasse du belvédère du Parc de Belleville, rue Piat, l’un des plus beaux panoramas de Paris. La population est étonnamment jeune, peut-être parce que les retraités lève-tôt ont réservé pour le premier départ à 9h. Une centaine de personnes, promeneurs du dimanche en chaussures de marche, se tiennent en demi-cercle devant l’orateur Jacky Libaud, jardinier et conférencier qui évoque le parc de Belleville et le quartier alentour. Sur les tables, les organisateurs offrent aux marcheurs un café, une part de gâteau et un plan photocopié du parcours, sans oublier ces foulards verts que ceux-ci s’accrocheront au cou ou à leurs sacs à dos pour être identifiables tout au long du trajet. Les quatre groupes de marcheurs sont encadrés avec tact par des personnels des structures organisatrices, qui s’assurent que le cortège traverse dans des clous en imprimant un rythme tonique à la marche.

Vers 10h45, le 4e groupe démarre en descendant le parc de Belleville par une transversale, lorsque survient la première averse. En rang deux par deux, le cortège des K-Ways gagne la rue Julien Lacroix, la rue Rébeval, rejoint l’avenue Simon Bolivar où un escalier immortalisé par Doisneau permet d’accéder à la butte Bergeyre qui possède aussi un panorama étonnant sur Paris, au bout de la rue Georges Lardenois, à côté de vignes et d’un jardin partagé. Le cortège redescend par l’escalier menant rue Manin, où une dame observe le contenu d’une boite à livres tandis que des coureurs s’échauffent, attendant patiemment la descente de notre groupe pour monter l’escalier en sens inverse.

On pénètre les buttes Chaumont par la porte où convergent l’avenue Mathurin Moreau et l’avenue Secrétan. A la file, les marcheurs empruntent la passerelle suspendue d’Eiffel, qu’il ne faut pas confondre avec le pont des suicides qu’évoque Aragon dans le Paysan de Paris. Parvenus en haut des buttes, on fait cercle autour de Frédérique, guide œuvrant pour l’association Deambulatio, dont le nom et le programme de promenades périphériques rappellent Autour de Paris. Elle retrace l’histoire de cette ancienne carrière reconvertie en parc d’attraction pour l’exposition universelle de 1867, ce « parc d’ingénieurs » pensé par Napoléon III comme le prolongement du Champ de Mars et la vitrine du savoir-faire de la France, sa grande cascade, son lac, son belvédère. Par la suite, le parcours fera halte à la lisière d’une autre carrière végétalisée, naturellement cette fois et plus récente : le parc de Romainville.

 

Sans s’attarder inutilement – puisque, faut-il le rappeler, l’agenda est serré -, le groupe prend congé des flâneurs et des amateurs de tai-chi pour poursuivre son périple en remontant la rue Compans, puis la bien nommée rue de Bellevue, striée de contre-allées résidentielles menant à la rue de la Mouzaïa, du nom de l’église qui la borde. C’est là que Frédérique Bonnelie du comité de randonnée pédestre du 93, livre au groupe quelques informations succinctes, comme elle le fera un peu plus haut, dans le parc de la butte du chapeau rouge, en évoquant le fameux discours de Jaurès contre la loi de 3 ans de service militaire devant une foule de 150 000 personnes, immortalisé par la photo de 1913.

Dans la verdure de la corniche des forts

Redescendue la butte, franchi le périphérique, nous voici au Pré-Saint-Gervais, qui abrite en son cœur une enclave de calme et de verdure, la Villa du Pré que les randonneurs traversent un peu émerveillés… En sortant, un autre univers visuel se déploie, celui des cités de briques rouges : on fait le tour du stade Léo Lagrange adjacent à la place Séverine et on arrive dans le square Henri Sellier, bordé de petites maisons aux murs de béton parfois couverts de lierre, avec front yard et back yard. Elles font partie de la cité jardin du Pré-Saint-Gervais, qui s’étend aussi sur Pantin et Les Lilas, habitat ouvrier imaginé par l’architecte Felix Dumail dans les années 20, en collaboration avec Henri Sellier, maire de Suresnes qui compte aussi une cité-jardin. Des logements individuels ou collectifs construits entre les années 30 et 50 en plusieurs étapes, avec des écoles et des dispensaires. Nous arrivons dans un jardin partagé, une friche accordée à la population en 2016, où Amélie Bonnadieu nous accueille pour évoquer le quartier et son association 4 bis dont le but est de créer du lien social. 

Il faut repartir par les rues des Lilas. Passé le cimetière municipal dont l’entrée offre une perspective imparable sur le Sacré Cœur, on gagne les abords du fort de Romainville, qui encercle la tour télédiffusion de France (TDF), avant de parvenir à la sapinière, cette allée de gazon en pente qui coupe en deux le parc de Romainville et celui de Pantin et des Lilas dont les allées bordées de gabions ont été réaménagées. Cette pelouse est rituellement occupée le dimanche par des amateurs de barbecues

La pause pic-nique est donc prévue à la lisière de la « jungle » de Romainville, cet espace sauvage propice à tous les fantasmes : 40 hectares d’une zone interdite au public en raison des risques d’effondrement, anciennes carrières de gypse abandonnées en 1965 qui se sont naturellement revégétalisées. Soit une forêt principalement constituée d’érables, de frênes et de robiniers, avec aussi pas mal d’orties et où nichent plus de 40 espèces d’oiseaux et 218 espèces végétales selon les rapports du site Ornithomedia qui inventorie et analyse cet espace depuis longtemps. Ces carrières permirent de produire du plâtre pour construire non seulement des bâtiments à Paris mais aussi à Boston ! 

Denis Moreau profite du déjeuner pour distribuer des tracts promouvant le Sentier métropolitain du très Grand Paris, estampillé « association en cours de création », un grand projet d’exploration francilien participatif inspiré du GR2013 à Marseille. C’est alors qu’advient subitement une averse violente, avant qu’un représentant de la municipalité ne prenne la parole.

 

Stéphane Weisselberg, président du syndicat mixte de l’île de loisirs de la Corniche des Forts, mentionne les jardins familiaux et les ruchers de Romainville en contrebas. Il défend le projet de rénovation de la forêt de Romainville que d’autres qualifieraient de bétonisation, où « 4,5 hectares vont être accessibles au public », en invoquant la nécessite de combler les carrières pour prévenir les risques d’effondrement, un « gruyère sur 4 niveaux » où il faut se méfier des « fontis, ces petits trous de la taille d’une pièce de monnaie qui peuvent devenir béants ». La région, dit-il, a travaillé avec les écologues pour préserver l’environnement, comme le soutient ensuite l’ingénieur Sébastien Rochette qui évoque une revégétalisation visant à retrouver la biodiversité.

Une semaine plus tard, un communiqué des Amis de la forêt de la corniche des forts fait résonner un autre son de cloche, déplorant la déforestation prévue de 8 hectares : « Le discours sur les plantes invasives, sur la dangerosité des carrières et les frontières administratives entre les parcs du coteau ne peuvent justifier la destruction de cet écosystème et cautionner la faiblesse du projet malgré l’importance des dépenses publiques engagées depuis les années 2000 ». Ce dossier est en effet un sujet sensible depuis très longtemps, et la région défend aujourd’hui une solution plus raisonnable que le projet prévu par ILEX Paysage dans les années 2000, visant à raser la butte pour aménager une base de loisirs, sans néanmoins recueillir l’adhésion de tous. 

Paysages urbains entre Romainville et Bagnolet

Après 8 kilomètres de marche, il reste à parcourir 5,5 kilomètres. Un représentant du comité de randonnée pédestre félicite les participants du dernier groupe pour leur comportement exemplaire sur la route. En vue de rattraper le temps perdu, le 4e groupe va fusionner avec le 3e, guidé par l’équipe du Sentier métropolitain constituée de Denis Moreau et Jens Denissen. Michel et Nadine emmènent donc les groupes 3 et 4 sur ce belvédère adossé à l’église de Romainville et surplombant son cimetière, à côté de l’ancien château de Romainville effondré, où Denis et Jens procèdent à ce qu’ils appellent une lecture de paysage. Tout le monde participe, même si l’interprétation hallucinée de Denis en laisse certains songeurs.

 

La prochaine étape est la piscine Tournesol, aux Lilas, un type de piscines préfabriquées conçues en 1969 par l’architecte Bernard Schoeller. Pour y parvenir, nous empruntons la rue Saint-Germain, à Romainville, qui borde une vaste zone d’habitations en chantier, à l’image de la ville de Romainville en totale reconfiguration… Le groupe y est accueilli sous les trombes par le jeune architecte Julien Beneyt, spécialiste des piscines Tournesol auxquelles il a consacré un article sur sa revue en ligne.

 

L’averse se faisant toujours plus violente, je m’abrite comme quelques autres promeneurs sous un module de plastique octogonal, où je recueille quelques témoignages néanmoins enjoués sur notre parcours périurbain. Le trajet pour rejoindre le Château de l’étang est particulièrement humide.

Arrivé à Bagnolet, le responsable du service patrimoine de la ville, Marc Tavernier, accueille les groupes successifs. Il répète son topo d’une quinzaine de minutes présentant sa ville et ce Château de l’Étang, « un lieu sans château ni étang », qui fait aujourd’hui office de centre culturel accueillant des expositions. Il occupe une ancienne glaisière qui ressemble une langue de verdure descendant vers le vieux centre de Bagnolet, entouré de HLM et d’immeubles en construction. Oui car Bagnolet est la seule des 39 villes bordant Paris dont la rue principale n’est pas une pénétrante dans Paris, rappelle-t-il, ce qui explique une urbanisation plus tardive de la commune, ajoutant que « les pénétrantes dans Paris ont été tracées après la première guerre mondiale. »

 

Il pleut toujours à verse à l’issue de cette intervention, et les groupes disloqués gagnent le parc des Guilands – Jean Moulin, à la lisière de Bagnolet et Montreuil, après être passés, aux abords des Malassis, par le résidentiel quartier des fleurs, édifié sur d’anciennes carrières et loti dans les années 20. Au rez-de-chaussée de la maison du Parc, les promeneurs découvrent une exposition d’Alice Baillaud intitulée Marcheurs-Rêveurs présentant des « boites à rêves » aux techniques mixtes.

 

Au 1er étage, le groupe Pikolo Brass Band réchauffe l’atmosphère avec sa fanfare funky, tandis que dans la pièce suivante, Guillaume Gaudry sert aux marcheurs jus de fruits et gâteaux, devant la verrière qui laisse paraître un paysage gris. Il est temps de gagner le toit où s’offre un panorama exceptionnel sur les alentours Paris, Bagnolet, Montreuil, Vincennes et le sud du 94, pour entamer une conversation avec Jens Denissen à laquelle se joindra le facétieux Denis Moreau, inénarrable dans le rôle du marcheur-situationniste emphatique invoquant la promenadologie et le hacking urbain.

 

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Fin de la rando urbaine du parc des hauteurs organisee par #Estensemble à la maison du #parcdesguilands

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