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Balzac, analyste et piéton de Paris

Balzac est l’auteur d’une œuvre monumentale à bien des égards. Par son ampleur, bien sûr, mais aussi au sens littéral, car ses livres font corps avec la ville où les personnages éclosent, se meuvent, s’inscrivent. Balzac, c’est plus de 90 romans et nouvelles, une correspondance en trois volumes de « Pléiade », une œuvre qui peut déconcerter par son immensité. A rebours d’un panorama d’ensemble, je suis donc parti d’un lieu, la Pension Vauquer, issu d’un roman, Le Père Goriot, sans doute la meilleure porte d’entrée pour pénétrer dans cette œuvre démesurée.

Publié le 20 janvier 2024

Honoré de Balzac en 1842. Daguerréotype de Louis-Auguste Bisson.

Une approche sinueuse

C’est une recherche qui commence par l’évocation d’une auberge mythique, la Pension Vauquer, lors d’une balade autour de la Montagne Sainte-Geneviève, et par la volonté de la resituer dans la rue Tournefort, cette ancienne rue Neuve-Sainte-Geneviève. L’aventure se poursuit par une tentative de saisir d’un seul mouvement deux monuments : une ville, Paris, et un génie littéraire, Balzac. Bref, c’est l’histoire d’un défi si important qu’il faut, pour le relever, emprunter des voies transversales : une esquisse de balade assez vite tracée, quelques lieux du centre de Paris, entre le Marais et le Palais-Royal, évoqués en citant La Comédie humaine, une juxtaposition de photos avant-après rue Berton.

Balzac, Paris… Pour traiter ce sujet, il convient de lire Balzac, bien sûr, mais aussi des études traitant du Paris de Balzac – non pas le Paris effectivement vécu par Balzac, les dix adresses où il a habité à Paris, non pas les trajets pédestres d’un fournisseur à l’autre (un livre en retrace les étapes, fac-similés de factures de teinturiers ou marchands à l’appui : Paris de la Comédie humaine, Balzac et ses fournisseurs), ou encore les courses à travers la capitale pour aller acheter du café à telle enseigne du faubourg Saint-Germain ou de la Chaussée-d’Antin, selon son Traité des excitants modernes, préface à la Physiologie du goût de Brillat-Savarin. Non, il s’agit plutôt du décor de cette Comédie humaine parfois plus vraie que la vraie vie, peuplée de 2500 personnages si bien caractérisés qu’ils nous paraissent plus familiers que certains êtres prétendument réels : Rastignac, Lucien de Rubempré, Vautrin ou Eugénie Grandet. Suivre les personnages de La Comédie humaine permet d’appréhender Paris de façon plus sûre qu’une biographie de son auteur.

Honoré de Balzac en 1842. Daguerréotype de Louis-Auguste Bisson.
Le portail historique de la Maison de Balzac, rue Raynouard - Mbzt, CC BY-SA 3.0

La Maison de Balzac

Quiconque s’intéresse à Balzac peut se rendre à la maison aux volets verts qu’il a occupée sur les hauteurs de Passy entre 1840 et 1847, transformée en un musée municipal en 1910. A l’époque où j’écrivais dans les pages culture des journaux d’arrondissement, je me souviens d’avoir rendu compte d’expositions pointues et intéressantes, par exemple sur le carnaval de Paris ou sur la grisette, qu’une statue figure au croisement du boulevard Jules-Ferry et de la rue du faubourg-du-Temple. J’ai toujours été fasciné par ce musée municipal, son ambiance provinciale, souvent dépeuplée, n’étaient quelques gardiens comme fondus entre les murs.

Aujourd’hui, la Maison n’a presque plus rien à voir avec le musée que j’allais arpenter il y a quinze ans. A l’époque, c’était un havre tranquille comme un cabinet d’antiquaire, presque tout entier contenu dans cette pièce réunissant une collection de tampons à l’effigie des personnages de La Comédie humaine, où l’on ne croisait qu’une ou deux personnes venues admirer le petit bureau du maître des lieux, ou s’émouvoir devant sa mythique cafetière. Désormais, une grande verrière accueille le visiteur qu’un ascenseur dépose au jardin, en contrebas. Le café, ouvert en septembre 2019, et les expositions attirent bien plus de touristes qu’à l’époque où l’on pénétrait par une petite grille de la rue Raynouard pour descendre au musée.

Chose intéressante : la Maison de Balzac dispose d’une bibliothèque ouverte à quiconque fait des recherches sur l’auteur. J’y suis accueilli avec une attention chaleureuse par sa responsable, Evelyne Maggiore, la dédicataire du livre Balzac, Paris d’Eric Hazan. Sa collègue chargée des réseaux sociaux, Joëlle Roubine, propose de me montrer le manuscrit original du Flâneur des deux rives d’Apollinaire, autre riverain des lieux. Dans ce texte en prose édité en 1918, l’auteur du « Pont Mirabeau » dévoile son attachement au quartier d’Auteuil, à la lisière duquel se situe la Maison de Balzac, mitoyenne de l’ancien village de Passy. Les premières phrases parlent d’elles-mêmes :

« Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent le plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur. C’est ainsi qu’en 1912, je ne vous quittais pas sans amertume, lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses. Je n’y devais revenir qu’en l’an 1916 pour être trépané à la Villa Molière.« 

Le portail historique de la Maison de Balzac, rue Raynouard - Mbzt, CC BY-SA 3.0

La pension Vauquer

Si Balzac a suscité un nombre considérable de livres, de thèses, de mémoires et d’analyses, la question de ses rapports avec Paris est également traitée dans les bibliographies, par des auteurs qui ont d’ailleurs évoqué notre fameuse pension Vauquer, après que Balzac l’a lui-même assez bien localisée dans l’incipit du Père Goriot :

« Elle est située dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l’endroit où le terrain s’abaisse vers la rue de l’Arbalète par une pente si brusque et si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement. »

La pension Vauquer se dresse entre le dôme du Panthéon et celui du Val-de-Grâce, à la lisière du faubourg Saint-Marceau où habite également le Colonel Chabert, quartier aujourd’hui matérialisé par le boulevard de l’hôpital et le boulevard Saint-Marcel qui contournent l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans l’enceinte duquel fermente une atmosphère de faubourg très ancien.

“Les touristes d’aujourd’hui cherchent encore l’emplacement de la pension Vauquer rue Tournefort”, écrit Anne-Marie Baron dans Le Paris de Balzac, volume paru dans la petite collection du “Paris des écrivains” (éditions Alexandrines, 2015). “Ils comptent les étages des maisons à l’endroit où le terrain s‘abaisse”. L’archéologue Philippe Bruneseau la situe au 24 rue Tournefort dans son Guide Balzac (Hazan, 1997) qui mêle, sous forme de parcours, les adresses des résidences authentiques de Balzac (comme la maison de la rue Cassini, aujourd’hui disparue, où il vivait en 1829, dans le quartier Port-Royal) et celles de ses personnages, à l’image de Madame de la Chanterie, qui vivait sur l’île de la Cité à côté de feu la tour Dagobert, “une haute maison flanquée d’une tour carrée encore plus élevée que les toits et d’une vétusté remarquable”. Selon lui, c’est « à la hauteur du numéro 24 que la pente s’accentue fortement ». Il ajoute qu’à cette adresse “se trouvait une pension, détruite en 1930.” Mais le modèle de la pension serait une auberge au 21 rue de la Clef : “si la maison est détruite, la gravure et la description qu’on en possède s’accordent assez bien à ce que Balzac dit de la pension Vauquer : maison à trois étages et mansardes avec cour, promenoirs, jardins et autres dépendances”. Quant au nom même de Vauquer, Bruneseau nous en révèle l’origine au 7 rue des Cerisiers, où “un hôtel du 16e siècle abritait l’institution Vauquer où Laure et Laurence Balzac [les sœurs d’Honoré] firent leurs études.” Selon Jacques Hillairet et Philippe Boisseau, c’est au 30 rue Tournefort, que Balzac plaça la pension Vauquer.

C’est aussi au 24 rue Tournefort que l’écrivain négationniste Brasillach, condamné à mort à la Libération, situe la pension. En 1930, à 20 ans, il consacrait un court mémoire au Paris de Balzac dont il a tiré une conférence prononcée à l’institut d’Action française, rue Serpente. Dans son étude au titre génériquement similaire à celui d’Anne-Marie Baron, il écrit que le quartier Sainte-Geneviève “n’a pas bougé” depuis l’époque de Balzac : “La percée de la rue Gay-Lussac et de la rue Claude-Bernard l’ont limité mais non dénaturé”. Plus loin : “Le carrefour de la rue Rataud et de la rue du Pot-de-fer est l’un des lieux les plus déserts de Paris : une barre de fer dentée passe en travers de la rue Rataud sur un ciel écrasé entre les murs.” Cette barre rouillée qui surplombait jadis une grille barrant l’accès de la rue est toujours présente aujourd’hui, tout aussi mystérieuse : lors de notre balade sur la Montagne Sainte-Geneviève, nous fûmes arrêtés par le spectacle d’une chaussure qui s’y accrochait.

Dans son article Paris par Balzac, publié dans la revue La Table Ronde en octobre 1949, Blaise Cendrars évoque sa rencontre avec le jeune Radiguet venu le solliciter avec un manuscrit qui deviendra Le Diable au corps, dont Cendrars n’arrive pas à trouver le titre définitif. Plus tard, peu avant de mourir précocement, celui-ci publiera Le bal du Comte d’Orgel inspiré de Ferragus, dont un extrait évoque le bal d’un banquier, ainsi métaphorisé par Balzac : « Là, les hommes de talent communiquent aux sots leur esprit, et les sots leur communiquent cet air heureux qui les caractérise. Par cet échange tout s’anime.»

Balzac archéologue de Paris, de Jeannine Guichardet, résulte de recherches menées à la bibliothèque de la Maison de Balzac. L’inventeur de La Comédie humaine y est présenté comme un archéologue, une sorte de Champollion du Paris ancien, lequel s’illustre habilement de photos noir et blanc qui permettent de ressaisir la rue Tournefort dans son jus. Dans le même esprit, Paris dans la Comédie humaine de Balzac de Norah W. Stevenson comporte un certain nombre de cartes de la capitale vues au prisme de l’œuvre balzacienne.

Mais l’ouvrage critique le plus essentiel sur le sujet est sans doute Balzac, Paris d’Eric Hazan, l’incontournable fondateur des éditions de La Découverte, auteur de L’invention de Paris, amateur et spécialiste de Balzac. Invité dans l’émission La Grande Librairie, il confie : “Balzac avait une mémoire photographique, il était attiré par les détails.” A cet égard, on pourrait citer la déambulation interminable que Balzac impose à son ami Léon Gozlan dans le centre de Paris, afin qu’ils trouvent ensemble le nom du héros de sa future œuvre, Z Marcas, qu’ils découvrent finalement rue du Bouloi, après avoir écumé les rues du Sentier :

C’est dans le dernier tronçon de cette rue que Balzac, je ne l’oublierai de ma vie, après avoir élevé le regard au-dessus d’une petite porte mal indiquée dans le mur, une porte oblongue, étroite, efflanquée, ouvrant sur une allée humide et sombre, changea subitement de couleur, eut un tressaillement qui passa de son bras dans le mien, poussa un cri et me dit :
– La ! Là ! Là ! Lisez ! lisez ! lisez !
L’émotion brisait sa voix.
Et je lus : MARCAS.
– Marcas ! Eh bien, qu’en dites-vous ? Marcas ! quel nom ! Marcas !
– Je ne vois pas dans ce nom.
– Taisez-vous ! Marcas !
– Mais.
– Taisez-vous, vous dis-je. C’est le nom des noms ! N’en cherchons plus d’autre. Marcas !
– Je ne demande pas mieux !
– Arrêtons-nous glorieusement à celui-ci. Marcas ! Mon héros s’appellera Marcas. Dans Marcas, il y a le philosophe, l’écrivain, le grand politique, le poète méconnu. Il y a tout. Marcas !

En effet, Balzac a le goût du détail. Et le sens du réel, dont son œuvre restitue des fragments, des impressions, des intuitions. D’ailleurs, il avait écrit dans sa jeunesse un Petit Dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris par un batteur de pavés.

Chambre de la maison habitée par Honoré de Balzac, 17 rue Visconti. Dessin de Frédéric Léon @Musée Carnavalet

Faculté de description

Balzac possède une extraordinaire faculté de décrire. Faculté qui est conditionnée par une compréhension exacerbée du monde et, pour employer un mot à la mode, une extraordinaire empathie.

Faites-le entrer dans une pièce, montrez-lui une scène, présentez lui une situation, il en décodera les références, en analysera les ressorts : le type psychologique, les caractéristiques vestimentaires, l’âge et la condition sociale des personnages, l’architecture des lieux, la décoration intérieure, les matières dans lesquelles sont faites les objets, les meubles, les chevelures. Rien n’échappe à son œil exhaustif, remarquablement intelligent et perspicace. Il voit même à travers les choses, interprète les physionomies en leur prêtant des caractères moraux et qualifie un personnage en le resituant dans son milieu, à travers un déterminisme sociologique, atavique, comme le prolongement romantique d’une sensibilité incluse dans un paysage et formée par lui. De même que pour présenter Madame Vauquer, il écrit que “toute sa personne explique la pension comme la pension implique sa personne”, de même, pour Hugo, Notre-Dame explique son carillonneur, Quasimodo :

Avec le temps, il s’était formé je ne sais quel lien intime qui unissait le sonneur à l’église. (…) Et il est sûr qu’il y avait une sorte d’harmonie mystérieuse et préexistante entre cette créature et cet édifice. Lorsque, tout petit encore, il se traînait tortueusement et par soubresauts sous les ténèbres de ses voûtes, il semblait, avec sa face humaine et sa membrure bestiale, le reptile naturel de cette dalle humide et sombre sur laquelle l’ombre des chapiteaux romans projetait tant de formes bizarres. (…) C’est ainsi que peu à peu, se développant toujours dans le sens de la cathédrale, y vivant, y dormant, n’en sortant presque jamais, en subissant à toute heure la pression mystérieuse, il arriva à lui ressembler, à s’y incruster, pour ainsi dire, à en faire partie intégrante.

La cour du 26 rue Tournefort, serrée entre dix immeubles @Julien Barret

Observation et empathie

Son don d’observation s’exerce au point de faire corps avec les personnes qu’il observe, et qui peuvent devenir des personnages plus vrais que nature. C’est ce qui transparaît dans le début de la nouvelle Facino Cane, intégrée ensuite dans les Scènes de la vie parisienne qui semble évoquer de façon autobiographique ses années studieuses, à 20 ans, dans une mansarde de la rue Lesdiguières, dans le Marais – c’est d’ailleurs le seul livre un peu autobiographique de son œuvre. Le narrateur, qui fait penser à Balzac lui-même, évoque ses “facultés de vivre la vie de l’individu”, comme lorsqu’il marche derrière des ouvriers au sortir du théâtre sur le boulevard du Crime (ce boulevard du Temple qui servira au décor du film Les enfants du paradis de Carné et Prévert).

En entendant ces gens, je pouvais épouser leur vie, je me sentais leurs guenilles sur le dos, je marchais les pieds dans leurs souliers percés ; leurs désirs, leurs besoins, tout passait dans mon âme, ou mon âme passait dans la leur. C’était le rêve d’un homme éveillé. Je m’échauffais avec eux contre les chefs d’atelier qui les tyrannisaient, ou contre les mauvaises pratiques qui les faisaient revenir plusieurs fois sans les payer. Quitter ses habitudes, devenir un autre que soi par l’ivresse des facultés morales, et jouer ce jeu à volonté, telle était ma distraction. À quoi dois-je ce don ? Est-ce une seconde vue ? est-ce une de ces qualités dont l’abus mènerait à la folie ? Je n’ai jamais recherché les causes de cette puissance ; je la possède et m’en sers, voilà tout.

Il y a un désir d’exhaustivité chez l’auteur de La Comédie humaine. Comme le photographe Atget, Balzac est un témoin du Paris d’une époque. Dans une émission sur France inter, le conservateur de la Maison de Balzac, Yves Gagneux, déclarait : « Balzac a créé un outil pour analyser la société ». Mais s’il documente son époque, cf. le cours magistral de l’historien Louis Chevallier au Collège de France, qui considérait La Comédie humaine comme un authentique document historique, il est plus un visionnaire qu’un sociologue, pour reprendre une intuition de Baudelaire dans L’art romantique, 1852 : “J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m’avait toujours semblé que son principal mérite était d’être visionnaire, et visionnaire passionné.” Tout aussi sensible aux métamorphoses de la ville, Baudelaire écrivait dans Les Fleurs du Mal que “La forme d’une ville change, hélas, plus vite que le cœur d’un mortel”.

La cour du 26 rue Tournefort, serrée entre dix immeubles @Julien Barret
Façade de la maison habitée par Honoré de Balzac, 17 rue Visconti. Dessin de Frédéric Léon @Musée Carnavalet

Paris au 19e siècle

L’obstacle visuel qui nous empêche de percevoir le Paris de Balzac, ce sont les travaux d’Haussmann. C’est donc précisément dans le 5e arrondissement actuel, assez épargné par cet urbanisme, que l’on peut ressaisir certaines de ses descriptions, en arpentant ces rues aux noms pittoresques : du pot-de-fer, du fer-à-moulin, etc. Seule l’hygiène a changé dans ces rues aujourd’hui impeccables, alors qu’elles étaient empreintes d’une saleté qu’on n’imagine plus aujourd’hui.

Depuis Les embarras de Paris de Boileau, on sait la saleté consubstantielle à la ville, et les désagréments pour se déplacer d’un bout à l’autre de Paris sans finir crotté, boueux, souillé. Michel Chaillou y fait référence dans son Petit Guide pédestre de la littérature française au XVIIe siècle. La Comédie humaine aussi grouille de ces rues sales dont Rastignac doit toujours protéger ses bas de soie blanche, uniforme des dandys à la mode, notamment lorsqu’il se rend de la pension Vauquer à l’hôtel de Nucingen, rue Saint-Lazare.

Le 19e siècle est une ère de grands travaux urbains, c’est l’époque où l’on voit apparaître les caniveaux, les égouts, les réverbères, puis l’éclairage au gaz. Avant cela, des bornes étaient postées le long des rues, à intervalles réguliers, et un ruisseau central laissait couler son eau boueuse au milieu des pavés. Dans les années 1830, Balzac assiste aux démolitions dirigées par le préfet Rambuteau, qu’il exprime de façon moins polémique, et peut-être plus nostalgique, que le Hugo de Guerre aux démolisseurs. Il assiste à la destruction des Halles (avant la construction de celles de Baltard qu’immortalisera Zola dans Le ventre de Paris), aux travaux d’agrandissement de l’hôtel de ville du côté de la Seine, à l’aménagement des berges du fleuve.

Les changements les plus manifestes à Paris, au début du 19e siècle, concernent la rive droite : l’aménagement de la Chaussée d’Antin, quartier le plus riche “en personnages, rencontres, et péripéties diverses” selon Hazan et cette rue Taitbout qu’il aime plus que tout. A l’époque, le quartier n’a pas encore été coupé par la transversale rue Lafayette, bien qu’aient démarré les chantiers des deux gares de l’Est et du Nord, qui feront dire à Léon-Paul Fargue que “le 10e est une quartier de poètes et de locomotives”. Lorsqu’il décrit le quartier de l’Europe, Balzac n’évoque pas non plus l’embarcadère de Saint-Lazare d’où part la première ligne ferroviaire française, le Paris-Saint-Germain. Pas plus que les gares, Balzac ne mentionne les fortifications de Paris qui sont construites entre 1841 et 1844, et reste quasiment silencieux sur la classe ouvrière. Il en va de même des récents passages couverts, comme le passage de l’Opéra qui reliait le boulevard des Italiens à l’ancien Opéra, détruit dans les années 1920 par la société haussmannienne de travaux, et qu’Aragon encensera dans Le Paysan de Paris. Quant au passage des panoramas, précurseur de l’éclairage au gaz, des galeries marchandes et des centres commerciaux, il devait son nom à des panoramas urbains exposés dans deux rotondes qui en encadraient l’entrée, à l’image des vues d’optiques présentées au zograscope. C’est par une référence indirecte qu’on en trouve la trace dans La Comédie humaine, à travers l’argot des pensionnaires de la Pension Vauquer qui suffixent tout en -rama.

Le Paris de la Comédie humaine Balzac et ses fournisseurs de Clouzot et Valensi

Les rues, les boulevards

Chez Balzac, les rues sont vivantes. Paris est un personnage à part entière, un ferment vital de La Comédie humaine, le terreau où croissent les personnages. Ferragus, issu des Scènes de la vie parisienne, est l’exemple le plus époustouflant de théorie métaphorique de la rue comme espèce vivante. Cendrars ne s’y est pas trompé, qui saluait dans son article à La Table ronde les multiples qualités de ce récit : « Ferragus, le prototype du roman balzacien et le premier en date de ses grands livres, où, en outre, dès la première page Balzac esquisse le plan psychologique, anatomique, physique, mécanique, économique de ce Paris moderne qui tiendra tant de place dans son œuvre ». Le texte commence ainsi :

Il est dans Paris certaines rues déshonorées autant que peut l’être un homme coupable d’infamie ; puis il existe des rues nobles, puis des rues simplement honnêtes, puis de jeunes rues sur la moralité desquelles le public ne s’est pas encore formé d’opinion ; puis des rues assassines, des rues plus vieilles que de vieilles douairières ne sont vieilles, des rues estimables, des rues toujours propres, des rues toujours sales, des rues ouvrières, travailleuses, mercantiles. Enfin, les rues de Paris ont des qualités humaines, et nous impriment par leur physionomie certaines idées contre lesquelles nous sommes sans défense. Il y a des rues de mauvaise compagnie où vous ne voudriez pas demeurer, et des rues où vous placeriez volontiers votre séjour. Quelques rues, ainsi que la rue Montmartre, ont une belle tête et finissent en queue de poisson. La rue de la Paix est une large rue, une grande rue ; mais elle ne réveille aucune des pensées gracieusement nobles qui surprennent une âme impressible au milieu de la rue Royale, et elle manque certainement de la majesté qui règne dans la place Vendôme.

Dans son Histoire et physiologie des boulevards de Paris (1845), Balzac écrit que “le grand poème de l’étalage chante ses strophes de couleurs depuis la Madeleine jusqu’à la porte Saint-Denis. Artistes sans le savoir, les passants vous jouent le chœur de la tragédie antique : ils rient, ils aiment, ils pleurent, ils sourient, ils songent creux !”

Plus loin, il évoque le boulevard Bourdon, au delà duquel Paris n’est plus : “c’est la campagne, c’est le faubourg, c’est la grande route, c’est la majesté du néant ; mais c’est un des plus magnifiques lieux de Paris, le coup d’œil y est étourdissant. C’est une splendeur romaine sans spectateurs !” C’est ce boulevard que Flaubert choisit pour décor, dans l’incipit de Bouvard et Pécuchet. Un Bouvard sur le boulevard, Philippe Bouvard se souviendra de cette paronomase pour nommer son émission chansonnière, “Boulevard Bouvard”.

Sur le Boulevard, l’individu est à la fois « un marcheur et un voyeur », écrivent Daniel Oster et Jean-Marie Goulemot dans La Vie parisienne. Anthologie des mœurs du XIXe siècle. A l’époque, on arpente aussi le boulevard du Crime, cette portion des grands boulevards qui mène au boulevard du Temple, où se concentrent des théâtres jouant des vaudevilles sanglants. Boulevard du crime, une expression apparue en 1840, absente chez Balzac, et qui sera sans doute popularisée par Prévert et Carné dans Les Enfants du paradis en 1945.

Le Paris de la Comédie humaine Balzac et ses fournisseurs de Clouzot et Valensi
Photo d'une vieille cour de la rue Tournefort, issue du livre de Jeannine Guichardet

Marcher, se promener ou flâner ?

La flânerie, la marche ou la balade ? Dans Les Misérables, et à travers la bouche de Bahorel, Hugo résume la question de façon lapidaire : « Errer est humain, flâner est parisien ». En effet la flânerie, au-delà d’une promenade, révèle un mode d’observation, une manière de glisser et de se fondre dans le décor, une façon d’être au monde et de faire corps avec la ville, cette matière unique, humaine et minérale, mélange de grandeur et de fange. Dans sa Physiologie du mariage, Balzac développe :

Oh ! errer dans Paris ! adorable et délicieuse existence ! Flâner est une science, c’est la gastronomie de l’œil. Se promener, c’est végéter ; flâner, c’est vivre. (…) Flâner, c’est jouir, c’est recueillir des traits d’esprit, c’est admirer de sublimes tableaux de malheur, d’amour, de joie, des portraits gracieux ou grotesques ; c’est plonger ses regards au fond de mille existences : jeune, c’est tout désirer, tout posséder ; vieillard, c’est vivre de la vie des jeunes gens, c’est épouser leurs passions.

La flânerie est une philosophie de la déambulation, qui permet non seulement de se laisser porter par les lieux, mais encore de les rêver, de faire corps avec leur histoire, leur esprit, leur pouvoir d’évocation, pour finalement en percevoir les vies parallèles… Où l’on voit que la démarche de Balzac a été une source d’inspiration féconde pour l’exploration urbaine des surréalistes. A cet égard on peut songer aussi à un manuscrit méconnu que j’ai pu consulter au musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis, Réflexions et pensées d’Honoré de Balzac, un projet éditorial mené par Eluard en préparation du  2e numéro de L’Eternelle revue, sorti en février 1945.

 

La rue Berton, en contrebas de la Maison de Balzac - Mbzt, CC BY-SA 3.0

Théorie de la démarche

Au delà ou peut-être en deçà de la flânerie, Balzac s’est fendu d’une Théorie de la Démarche méconnue et surprenante, texte de 1833 envisageant la notion de démarche de manière à la fois pratique, physiologique et philosophique. Une réflexion à visée totalisante, d’ordre générateur, économique et humain. La démarche, telle qu’il l’entend, est une impulsion créative, une unité de mesure de l’homme, une possible conquête du monde. Tout Balzac est précipité dans ce brouillon extravagant, qui puise dans une théorie vaguement inspirée de la physiognomonie de Lavater pour l’élargir, l’approfondir, la rendre balzacienne. Son développement parfois obscur aboutit à une série d’aphorismes dont voici certains :

“La démarche est la physionomie du corps.”

“Le repos est le silence du corps.”

“Le mouvement lent est essentiellement majestueux.”

“Tout mouvement saccadé trahit un vice, ou une mauvaise éducation.”

“Tout mouvement exorbitant est une prodigalité sublime.”

Au terme de son étude sur le mouvement, le penseur nous livre sa conclusion :

Tout mouvement a une expression qui lui est propre et qui vient de l’âme. Les mouvements faux tiennent essentiellement à la nature du caractère ; les mouvements gauches viennent des habitudes. La grâce a été définie par Montesquieu, qui, ne croyant parler que de l’adresse, a dit en riant : « C’est la bonne disposition des forces que l’on a.»

La rue Berton, en contrebas de la Maison de Balzac - Mbzt, CC BY-SA 3.0
Chambre où Balzac est mort dans sa maison de la rue Fortunée, Paris 8e, K.F. éditeur @Musée Carnavalet

Le plus fin connaisseur de Paris

Dans Le Mendiant, texte cité par Eric Hazan à la fin de son Balzac, Paris, l’auteur de la Comédie humaine s’affirme comme un expert ultime de la capitale, et son plus fin connaisseur :

Il y a pour moi des souvenirs à toutes les portes, des pensées à chaque réverbère, il ne s’est pas construit une façade, abattu un édifice, que je n’en aie épié la naissance ou la mort, je participe au mouvement immense de ce monde comme si j’en avais l’âme. Les boulevards sont à moi, à moi l’ombrage des Tuileries, les lilas du Luxembourg, à moi les jeunes colonnades du Palais-Royal. Ah! Personne ne connaîtra si bien que moi les heures délicieuses où Paris s’endort, où le dernier roulement d’un carrosse retentit, où les chants des compagnons cessent.

Un article écrit par l’historien Hippolyte Taine dans La vie parisienne du 4 novembre 1865 confirme ce sentiment de toute puissance, à travers cette étonnante citation de Balzac :

« Il n’y a que trois hommes à Paris qui sachent leur langue : Hugo, Gautier et moi ».

Peut-être faudrait-il ajouter Baudelaire, aussi fin stylisticien que chantre d’une ville dont il a décrit le spleen dans ses petits poèmes en prose, recueil posthume dont Balzac n’aura pas connu la saveur…

4 Commentaires

  1. Yan Galimard

    Très intéressant

    Réponse
    • Julien Barret

      Merci !

      Réponse
  2. Pierre Odolant

    Très intéressant.
    Phrase 3 : 1 erreur : Correspondance Pléiade en 3 volumes et non pas 6.

    Réponse
    • Julien Barret

      Merci pour votre commentaire, vous avez raison, je corrige cette mention inexacte !

      Réponse

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Le Tumulte de Paris, un essai d’Éric Hazan

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Parcours poétique et artistique au fil de l’Ourcq

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Exposition : L’invention du surréalisme à la BNF

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Blaise Arnold et Nicolas Pierre, artisans des faubourgs

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Sur les traces de Balzac au cœur de Paris

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Pierre Ménard : « Chaque pas en ville est une écriture »

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L’histoire de la Petite Russie du 15e arrondissement

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Le Paris surréaliste : entretien avec Henri Béhar

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Les musiques africaines à la Goutte d’Or

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Le terrain de Stalingrad, lieu mythique de l’histoire hip-hop

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A la crypte archéologique, Notre-Dame vue par Hugo et Viollet-le-Duc

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Balade-Poème surréaliste aux Buttes-Chaumont

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Le Ménilmontant de Gérard Mordillat

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Rencontre avec Marguerite Stern, initiatrice des collages anti-féminicides

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Le mystérieux masque de l’inconnue de la Seine

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Paris aux cent visages, un livre de Jean-Louis Bory

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Parcours street art à Montmartre avec Codex Urbanus

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Rencontre avec Zloty, le premier street artiste au monde

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La renaissance du Chat noir, journal et cabaret mythique de Montmartre

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Les Brigades Vertes, entre le Sahel et Clichy-la-Garenne

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Interview de Jef Aérosol pour son autoportrait Chuuuttt à Beaubourg

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Rencontre avec Seth Globepainter, pour une œuvre hommage à Zoo Project

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A la découverte du Sentier Nature du 16e arrondissement

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Les Frigos, une histoire de l’art et de l’urbanisme à Paris

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Tentative de description d’une balade situationniste

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Le Pavillon de l’Arsenal imagine l’urbanisme agricole du futur

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La rénovation du musée de Cluny

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La métamorphose du nord-est de Paris, entre projets urbains et friches transitoires

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Que reste-t-il du Château Tremblant, hôtel mythique du canal de l’Ourcq ?

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Ces anciennes gares du 18e reconverties en bars branchés

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La grande randonnée du Parc des Hauteurs

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Rencontre avec le Président de la République de Montmartre

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Le festival Monuments en mouvement fait vibrer le château de Vincennes

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Interview de l’artiste urbain VHILS exposé cet été à Paris

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Qu’est-ce que la psychanalyse urbaine ?

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L’ancienne gare de Vaugirard-Ceinture

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La fresque de Philippe Hérard rue des Couronnes

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Un objet flottant non identifié sur le canal à Pantin

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Le Belleville de Pilote le Hot ou la culture rapide

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Le Gibet de Montfaucon, une mémoire de l’horreur au cœur de Paris

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Sylvanie de Lutèce dévoile les mystères de Paris

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Rencontre avec le conservateur des Beaux Arts de Paris

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Le 6e arrondissement de Philippe Tesson

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Quel est le point le plus haut de Paris : Montmartre ou Télégraphe ?

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Le Bal de la rue Blomet renaît de ses cendres

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L’atelier du 54 rue du Château

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Une photo pittoresque : la gare de tram des Coteaux

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Une photo insolite : une nouvelle place handicapé

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Jean-Louis Celati, le vrai titi parigot

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