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Jean Rolin, profession arpenteur

On dit de Jean Rolin qu’il est un écrivain voyageur, cette catégorie fourre-tout bien commode lorsqu’on a affaire à un auteur de récits ancrés dans la géographie ou le territoire. D’une part, c’est faire abstraction de son écriture précise et élégante où chaque mot est irremplaçable. D’autre part, sachant qu’il revient toujours au même endroit pour en saisir la vérité profonde, ne serait-il pas préférable de le qualifier d’arpenteur ?

Publié le 19 novembre 2022

Bibliothèque consacrée à Jean Rolin

En page de garde de ses livres, Jean Rolin est parfois présenté comme « écrivain et journaliste ». Mais journaliste, il ne l’est plus guère aujourd’hui. Même si ses reportages pour Le Monde, Libération, Géo ou Lui donnaient jadis le sentiment de textes très littéraires, au puissant pouvoir d’évocation (certains ont été réunis dans L’Homme qui a vu l’ours et Vu sur la mer), il fait lui-même la distinction entre l’arpentage « lié à un travail d’écriture » et le reportage qui « implique beaucoup plus de rapidité » [1]. En tant qu’écrivain, il lui est donc loisible de prendre le temps d’aller et venir sur des territoires qu’il a choisis pour leur singularité ou leur apparente banalité (la limite entre ville et campagne, les abords du stade de France en construction, la rue de la Clôture à Pantin où une prostituée a été assassinée une nuit de novembre 1999). Venant et revenant sur ses pas pour capter ce qu’il y a d’essentiel dans les espaces les plus communs et inaperçus, il traque « l’infra-ordinaire » logé dans les replis du terrain et les habitudes de ses autochtones. L’infraordinaire, cette notion ainsi formulée dans le livre éponyme par Georges Perec, avec lequel il partage un certain goût du protocole : « Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? »

Bibliothèque consacrée à Jean Rolin
Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-4

Mon écrivain préféré

Jean Rolin est l’écrivain de langue française vivant que je préfère, celui dont, à deux exceptions près, je crois avoir lu tous les livres (il y en a 32 dont 14 édités chez POL). J’admire son œuvre à la fois sur le plan de la langue et du point de vue de sa démarche exploratoire. Ses récits oscillent entre la description de la France urbaine, périurbaine, presque rurale et l’arpentage aléatoire de la planète (à la poursuite des chiens errants à travers le monde, traquant le traquet kurde entre l’Auvergne et le Kurdistan, en quête d’une traversée à la nage du détroit d’Ormuz). Cet auteur solitaire, toujours à pied (il n’a pas le permis de conduire), foulant le bitume d’une route ou la glaise d’un terrain vague, n’est-il pas lui-même un chien errant ? Flairant une piste, arpentant les mêmes sentiers, réalisant des « incursions » successives, pour reprendre le terme choisi par Jean-Christophe Bailly dans Le Dépaysement, ce livre étonnant qui explore divers endroits et paysages de France [2].

Incidemment (c’est un adverbe que Jean Rolin affectionne), sa démarche m’a inspiré et poussé à entreprendre quelques voyages urbains, à réserver des hôtels au milieu de nulle part, à restituer par écrit certaines de mes déambulations – et peut-être aussi, au-delà de la référence au surréalisme, à lancer le site Autour de Paris. Quelques-unes de ses phrases continuent de résonner en moi longtemps après que je les ai lues, comme celle-ci, issue de Zones, que je fais mienne : « Qu’est-ce qui peut conduire un homme sain d’esprit à descendre d’un autobus de la Petite Ceinture à hauteur de l’arrêt Pont-National ? » A cette réflexion semblent répondre les trois lignes mises en exergue en 4e de couverture de son nouveau livre, La Traversée de Bondoufle : « Car à vrai dire, en cette chaude journée du mois de septembre, il n’y a guère que moi à traîner dans les parages ». Non, Jean Rolin n’est pas seul, à vrai dire il ne l’est plus, à l’heure où cette démarche jadis si singulière (par exemple en 1995, pour Zones) rejoint celle des collectifs de marcheurs qui s’emparent du territoire urbain pour le sillonner en de longues randonnées urbaines (cf. Le Voyage métropolitain ou Les Promenades urbaines en Île-de-France, le GR 2013 à Marseille, voire des communautés de communes comme Est Ensemble et sa Promenade des Hauteurs).

Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-13

Courte biographie

Jean Rolin passe sa petite enfance à Dinard dont il conserve des images d’une forte imprégnation fluviale et maritime (« l’estuaire de la Rance est le plus bel endroit du monde », me confiera-t-il sans être dupe) et le goût des friches portuaires, avant de partir pour Afrique, au Sénégal, où il est scolarisé de la 5e à la seconde. L’adolescence lycéenne, c’est à Paris qu’il la vit, sa famille ayant emménagé place Adolphe-Chérioux, 15e, dans un immeuble Art déco qui se distingue de ses voisins haussmanniens par ses bow windows en pointe. C’est dans un cinéma de la rue de Vaugirard, le Nouveau Théâtre, qu’il découvre à quatorze ans Lawrence d’Arabie, ce personnage auquel il consacrera un livre, Crac, en 2019. Adulte, il retourne à Dinard où il achète un petit appartement avec terrasse qu’il sera contraint de revendre. Aujourd’hui, Jean Rolin vit à Paris et il doit continuer à écrire et à publier de nouveaux livres pour assurer sa retraite.

Comment j’ai découvert Jean Rolin

C’est en lisant Le Promeneur de la Petite Ceinture, de Nicolas Chaudun, un livre un peu emphatique emprunté à la bibliothèque, que j’ai vu pour la première fois imprimé le nom de Jean Rolin (à ne pas confondre avec son frère aîné Olivier, romancier lui aussi). Dans ce livre, l’auteur qui fait le tour de Paris en empruntant à vélo (!) cette ancienne voie de chemin de fer mentionne La Clôture de Jean Rolin, que je suis allé m’empresser de lire, avant de dévorer, un à un, tous ses livres.

Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-13
Coucher de soleil sur le pont de l'avenue du Général Leclerc à Pantin @J.Barret

Entre récit et description

Il y a chez Rolin une très grande puissance descriptive, qui prend presque toujours le pas sur le reste. Ainsi la question du mouvement se pose chez lui dans la relation qui s’établit classiquement entre la narration et la description. Même dans les fictions comme Ormuz ou Les Événements, l’aventure romanesque est paralysée. Le récit s’arrête, on observe le monde alentour avec le narrateur, et on profite de son humour discret, un peu à distance mais jamais condescendant. Jean-Christophe Bailly qualifie cette présence par une « empathie maîtrisée qui ne se constitue pas en froideur ». Il ajoute à ces qualités une pudeur aux antipodes du « retrait dandy », ainsi qu’une autodérision sans mise en scène. Pas d’effet dans l’écriture de Rolin. Les rouages, bien visibles, sont ceux de la syntaxe, portée à un très haut degré de maîtrise, pour mieux donner à voir le monde tel qu’il est, dans un rapport de familiarité complète avec l’objet décrit, né d’incursions répétées en certains points du territoire.

La narration, elle, adopte souvent la forme d’une enquête, et l’auteur-narrateur se confond alors avec un détective. D’ailleurs, on le prend souvent pour un flic, par exemple dans La Clôture où il se départit rarement de son grand imperméable, de même qu’il ne se sépare presque jamais de son carnet – et pourtant, lors de notre rencontre, se sentant peut-être jaugé, il considérera le mien avec une certaine défiance. Ses enquêtes restituent des lectures, des observations, donnant au lecteur la sensation, courante chez Balzac, d’accéder à une synthèse de connaissances sur un sujet, un lieu, une petite partie du monde. Le point de départ, c’est toujours un voyage, envisagé dans son programme, comme on parle de « projet » dans l’art contemporain, et une fois démarré le récit, celui-ci s’entrecoupe de stations descriptives pour observer l’architecture, les gens, la faune et la flore alentour.

Les lieux que recherche Rolin, ce sont des friches ou des espaces transitoires, zones louches, limites, frontières (La Ligne de Front en Afrique du Sud, Chrétiens au Moyen Orient, La Clôture à Paris). Il rôde, arpente, piétine à mi-chemin entre le déserté et le civilisé, dans l’attente de rencontres mal définies bien que certaines d’advenir, dans ces lieux « où l’homme est peu nombreux et où l’on ne sait pas très bien comment il va se manifester, sous quelle forme » [3]. Parmi ces friches, il affirme une « prédilection particulière pour les friches portuaires ». Et lors de notre entretien, il me confiera que le plus beau paysage de France est celui que l’on découvre depuis l’un des trains qui relie Marseille à Port-de-Bouc.

La Frise du métro parisien, conçue par le mathématicien Pierre Rosenstiehl pour le poète Jacques Jouet @Bilbiothèque oulipienne

Radiale et ceinture du Grand Paris

Comment arpenter le territoire : c’était l’une des principales questions que je tenais à poser à Jean Rolin. Une première réponse m’était apparue en lisant Le Dépaysement de Jean-Christophe Bailly ainsi que L’Invention de Paris et Le Tumulte de Paris d’Eric Hazan : considérer deux voies complémentaires, la radiale et la ceinture, méthode que l’on retrouve combinée, à peu de choses près, dans l’œuvre conjointe de deux oulipiens, le poète Jacques Jouet et le mathématicien Pierre Rosenstiehl. A la demande du premier qui a conceptualisé le « poème de métro », le second conçoit une « frise du métro parisien », soit le plus court chemin pour parcourir toutes les stations de métro en une journée. A Paris, on peut identifier deux types de lignes : les radiales (comme la ligne 1, 3, 4, 5) et les lignes de ceinture (comme la 2 et la 6). Considérant cette structure et combinant intuitivement deux graphes hamiltonien et eulérien, Pierre Rosenstiehl établit un plan répondant à la contrainte du poète, qui parcourt ainsi toutes les stations du réseau dans la seule journée du 18 avril 1996, entre 5h30 et 21h05.

La mention de l’Ouvroir de littérature potentielle (OuLiPo) n’est pas anodine. Elle permet d’évoquer ces « protocoles » qui président souvent aux récits de Jean Rolin, à l’image de celui qu’il suit à la lettre dans La Clôture, et qu’il définit lui-même comme quasi oulipien. « Le territoire sur lequel j’interviens désormais, écrit Rolin, peut être défini comme la section du boulevard extérieur d’où se voit la tour Daewoo, à l’exclusion de toute autre section du même boulevard ».

Mais comment appréhender un espace comme celui du Grand Paris ? Faut-il le traverser, le circonscrire, ou zigzaguer au hasard au gré de ce territoire ? En lisant ses deux derniers livres, Le Pont de Bezons et La Traversée de Bondoufle, on se rend compte que ceux-ci explorent et circonscrivent la zone du Grand Paris Express, au fil d’une radiale, la Seine, et suivant un cercle irrégulier, la limite entre la ville et la campagne.

Le Pont de Bezons semble un avatar actuel et francilien de Chemins d’eau, le premier ouvrage de Jean Rolin, édité en 1980, un livre de commande sans lequel, dit-il, il ne serait peut-être jamais devenu écrivain. Le récit procède par incursions successives le long de la Seine, entre Melun et Mantes-la-Jolie, plutôt d’amont en aval mais avec des retours avant et arrière, pour briser tout effet de monotonie. Le livre démarre au parc des Chanteraines à Gennevilliers, où le narrateur, toujours friand d’observations ornithologiques, entend le chant du grèbe castagneux et du pouillot véloce, non loin de ce port de Gennevilliers auparavant décrit par Cendrars dans « Paris port de mer » (Bourlinguer). Les descriptions sont ponctuées de scènes empreintes de tension ou d’humour, lorsque le narrateur se fait alpaguer au coin d’une allée de propriétés ceintes de caravanes de gitans à Villeneuve-Saint-Georges ou qu’il pénètre dans un bar de Corbeil tenu par des Kurdes partisans du PKK – ce même bar qui sera mentionné à la fin de La Traversée de Bondoufle. Au long du fleuve, Rolin montre la succession de sablières ponctionnées par de nouveaux projets immobiliers, alternant avec ces espaces retournés à la pelleteuse sous forme de vagues pour éviter que les « gens du voyage », comme il écrit prudemment, ne s’y réinstallent.

La Traversée de Bondoufle commence par le catalogue de tout ce qui fleurit entre ville et campagne : écoles, stades, EHPADs, centres équestres, plateformes logistiques, golfs, installations militaires ou fortifications déclassées, campements roms, petits aérodromes et espaces canins. Lorsqu’il a de la chance, le narrateur tombe nez à nez avec la représentation schématique que l’on pourrait se faire de la limite entre espaces urbains et agricoles : une rue séparant nettement une ligne de pavillons d’un champ de céréales. Si à la fin de Zones, Rolin confiait se sentir « irrésistiblement enclin à revenir sur [s]es pas, à [s]e satelliser sur une orbite invariable », son itinéraire épouse ici une forme elliptique à plusieurs échelles. Il se satellise d’abord sur une orbite générale, marquée de stations qui marquent le centre de nouvelles orbites. Ainsi, l’auteur explore une série de zones par boucles, allers et retours, reconnaissances spontanées. La fin se dénoue autour de Corbeil, l’un des lieux visités dans Le Pont de Bezons, de sorte que l’orbite de la zone périurbaine, entre ville et campagne, se noue avec la radiale de la Seine, à ce point du sud-est de l’Ile-de-France.

Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-20

Palimpseste

Un décor en appelle un autre : les pavillons de Bondoufle lui rappellent ceux de Broken Hill en Australie, telle vue sur le Sacré Cœur la silhouette de Notre-Dame de la Garde à Marseille, et les tours de la Défense celles de Central District, à Hong Kong. Ainsi se crée une réalité hybride et comme « augmentée », faite de réminiscences qui nourrissent sa perception du réel. D’ailleurs, c’est au confluent de la Marne et de la Seine qu’il me parlera avec animation du Chatt-el-Arab, ce delta de marais commun au Tigre et à l’Euphrate. Comme si l’œuvre de Jean Rolin construisait une nouvelle « métaphysique des lieux », pour reprendre une expression d’Aragon dans Le Paysan de Paris.

La Frise du métro parisien, conçue par le mathématicien Pierre Rosenstiehl pour le poète Jacques Jouet @Bilbiothèque oulipienne
Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-20
Deux pages du Pont de Bezons de Jean Rolin

La langue de Rolin

Tous les amateurs de belle langue saluent l’écriture de Jean Rolin, qui a reçu en 2013, au titre de son œuvre, un « prix de la langue française » remis par la ville de Brive. Où qu’il porte son regard, celui-ci est restitué par le déploiement d’une écriture précise qui, au fil de périodes amples, semble épouser les anfractuosités du terrain. Sa phrase peut faire penser à celle de Proust, qui se tisse avec une fluidité langoureuse, enchâssant les propositions relatives avec un art qui séduit l’esprit soucieux de symétrie oratoire. Rolin connaît le nom des oiseaux, des paquebots, des avions et des machines de guerre, il a tout un vocabulaire de l’architecture et aime les grands romans d’aventures à la Melville.

Si son style était orné au début, il incline à un dépouillement progressif. Ainsi apprécie-t-il moins Chemins d’eau « parce qu’on y sent une espèce de délectation pour les adjectifs et les adverbes qui maintenant [l]e lasse » [4]. Et lorsque le narrateur de Cyrille et Méthode prend la parole au fil d’un des rares dialogues présents dans son œuvre, il use d’une langue trop soutenue, de tournures trop écrites pour du discours direct. C’est exactement l’inverse qu’on aime chez Rolin, une phrase qui se déploie comme les méandres d’un fleuve pour embrasser le réel au plus près, forte d’une parfaite maîtrise de la syntaxe. D’où mon étonnement en découvrant, dans son nouveau livre, un emploi de « conséquent » au sens d’important, jugé familier par Le Robert, ou une tournure d’hypercorrection avec double marque du génitif dans une relative particulièrement complexe évoquant l’un de ces lieux dits qu’il apprécie, le « bois du cul des ang(l)es ».

C’est d’autant plus étonnant que l’usage des mots est d’une précision totale chez l’écrivain, soucieux d’employer chaque terme dans son sens sinon étymologique, du moins exact. Ainsi, au début du Traquet kurde, la mention de l’expression « après coup » ne peut se justifier qu’en désignant un moment consécutif à un coup de fusil. Certains mots reviennent souvent sous sa plume, créant une petite musique qui « flétrit », « égaille », ou « ménage » une vue, la plupart du temps, une impression parfois, mais aussi une atmosphère ou un accès. Et, pour en revenir à la toponymie, il sied à cet esthète féru d’exactitude que les noms de lieux désignent précisément leur objet. Ainsi, dans La Traversée de Bondoufle, le narrateur voit dans le nom de Brou-sur-Chantereine un « succédané satisfaisant de la campagne » et il se réjouit de constater qu’effectivement, « le chemin des glaises est boueux ».

Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-30

Préparation d’une entrevue

En août 2020, lors de la sortie du Pont de Bezons, j’ai contacté l’éditeur de Jean Rolin, Jean-Paul Hirsch, pour rencontrer enfin celui auquel je voue toute mon admiration. Celui-ci m’a fait savoir que Rolin acceptait le principe d’un entretien, au fil duquel je voulais l’interroger tant sur le plan de la langue et des auteurs qui l’avaient inspiré, que relativement aux lieux qu’il arpente, terrains vagues, banlieues, déserts ou zones de guerre.

De loin en loin, nous avons correspondu sans jamais parvenir à nous voir. Je lui avais proposé deux cadres possibles pour cet entretien, mentionnés dans Le Pont de Bezons et particulièrement chargés en pittoresque urbain : soit le restaurant Chinagora, au confluent de la Seine et de la Marne qu’il qualifie de « décevant pour quiconque en attendrait quelque chose » (et dont les photos illustrent pourtant cet article) ; soit, à Saint-Denis, le kiosque N’taba Chikwange qu’il décrit comme ayant, de loin, « l’allure un peu inquiétante d’une guérite de check-point ». Après la sortie de La Traversée de Bondoufle, nous parvenons enfin à nous fixer un rendez-vous.

Rencontre avec Jean Rolin à Alfortville le 4 octobre 2022, pour le site Autour de Paris @J.Barret-30

Rencontre à Alfortville

Le lundi 3 octobre 2022 vers 12h30, rue de la Marne à Alfortville, Jean Rolin longe à pied l’enceinte du complexe hôtelier Chinagora, qu’il évoque dans Le Pont de Bezons « avec son mur rose framboise et son toit de tuiles vertes ». Alors que j’arrive à vélo, il m’apparaît silhouette élancée vers l’avant, un peu à la Giacometti, presque tel que je me le représentais (en 2010, j’avais assisté à une conférence où il évoquait son rapport au territoire à la Cité de l’architecture). Je suis ému, comme un enfant qui va enfin rencontrer son idole. Son visage me parait un peu différent selon les angles desquels je l’observe, et lorsque nous marchons côte à côte j’ai l’impression qu’il s’agit d’une autre personne. Nous pénétrons dans l’enceinte de l’hôtel en passant devant un groupe de Chinois qui discutent en bloquant l’entrée, indifférents. Je prends les devants, franchis les marches lustrées quatre à quatre mais, hélas, une serveuse m’annonce que c’est fermé le lundi. Nous serons privés de point de vue sur le confluent de la Marne et de la Seine.

Dehors, après être repassé au ras des hommes d’affaire (« on pourrait leur faire signer une pétition sur les Ouïghours », s’amuse-t-il), Rolin me montre ce qu’il appelle la « passerelle bunkerisée », dite par Google Maps « passerelle aux câbles », menant d’Ivry à Charenton. Réservée seulement aux piétons et aux cyclistes, elle a été construite entre pour l’usine électrique d’Ivry et dessert la zone industrielle de la ville. La rive qui lui plaît le plus, c’est bien celle où se loge cette « chaufferie » de la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain, sur le trottoir du quai Auguste-Deshaies où, lors d’un deuxième repérage pour Le Pont de Bezons, il observe que « loin de tout activité commerciale ou récréative, stationne ce jour là une Cadillac Escalade de couleur noire (en blanc, c’était autrefois la voiture préférée de Britney Spears), dont les vitres teintées empêchent de regarder à l’intérieur ».

Nous irons donc manger ailleurs. Il a repéré, rue Charles-De-Gaulle, un restaurant indien. Nous entrons, il semble réticent à ce que j’enregistre quoi que ce soit, prétextant ne rien avoir d’intéressant à dire, surtout quand on l’interviewe. Je lui demande si je pourrais au moins prendre quelques photos, ce que nous ferons à l’issue de notre repas, devant l’église Sainte-Agnès de Maisons-Alfort. Un « bijou art déco », selon le prospectus, qu’il imagine faite par Gustave et Auguste Perret et dont les architectes se sont en effet inspirés de l’église Notre-Dame du Raincy, des célèbres frères bâtisseurs du Havre.

Il choisit une table un peu à l’écart, en évoquant José Giovanni, auteur de romans noirs, « un parfait salaud » qui avait pour habitude, au restaurant, de se placer toujours en vue de la sortie en cas de problème. Autre salaud, Cendrars à propos duquel je l’entreprends sur La Banlieue de Paris (dans Zones, Rolin fait un clin d’œil anaphorique au « Sombre Dimanche » typique des jours de déprime en proche banlieue). Il évoque l’extrême misogynie de Cendrars, dans un passage où, parlant d’une infirmière qui soigne sa blessure, celui-ci affirme que c’est la seule femme pour laquelle il a éprouvé de l’estime dans sa vie. Sur internet, je tombe sur un texte tout aussi misogyne, bien que plus ordurier, où l’auteur de la Prose du Transsibérien réduit les femmes à leurs menstrues, à leur sang, « des chiennes » qui « chient des gosses ».

Puis on parle d’Aragon, qui me semble avoir été, au-delà de Léon-Paul Fargue, l’un de ces écrivains arpenteurs qui a précédé Rolin. Mais il répond avec Pierre Herbart, secrétaire de Gide, qui note dans la Ligne de force qu’Aragon a tenté d’interdire la publication de Retour de l’URSS et mentionne Odile, ce roman où Queneau se moque de l’aréopage surréaliste. Je rétorque que dans Bâtons, chiffres et lettres, le même Queneau souligne l’influence du style d’Aragon sur celui de Céline [5]. Et on tombe finalement d’accord sur l’auteur de Zazie et des Exercices de style, un grand écrivain qui était marrant, lui, et « ne se la pétait pas » !

Avant que Jean Rolin ne s’engouffre dans la bouche du métro École vétérinaire, je lui demande un dernier conseil pour un projet consistant à décrire le tour de Paris (cf. cette première ébauche sur l’avenue Gallieni). Il me recommande d’aller impasse Marteau, évoquée dans La Clôture, à l’ancien emplacement de la Colline à crack, en me précisant qu’« on y trouve une plaque commémorative rappelant les bombardements de la Seconde guerre mondiale ». Était-ce lors de ces bombardements qu’un obus de la RAF détruisit en avril 1944 la tombe d’Alphonse Allais, dans l’ancien cimetière de Saint-Ouen, de l’autre côté de la voie ferrée du nord ? Une friche ferroviaire, encore ! Et comme un nouveau début d’histoire…

[1] Myriam Boucharenc et Pierre Hippolyte, « Questions à Jean Rolin », dans Myriam Boucharenc, (dir.), Roman et reportage, XXe -XXIe siècles, rencontres croisées, Limoges, PULIM, coll. Médiatextes, 2015.

[2] [3] [4] Cf. la table ronde avec Jean Rolin, Philippe Vasset et Jean-Christophe Bailly, animée par Marie-Odile André et Anne Sennhauser, le 17 novembre 2016, lors du colloque « Jean Rolin, Une écriture in situ » à l’université Sorbonne Nouvelle, publié en 2019.

[5] « Le Voyage est le premier livre important où l’usage du français parlé ne soit pas limité au dialogue mais aussi au narré ; on ne trouve cela que dans quelques nouvelles du Libertinage  : l’influence d’Aragon et du surréalisme général sur Céline est incontestable » (« On cause », Bâtons, chiffres et lettres, p. 55).

4 Commentaires

  1. Guillaume

    Merci pour ce travail que vous faites. Jean Rolin est aussi un de mes auteurs fétiches et je me reconnais dans votre prose. Un point de désaccord cependant : je range volontiers son oeuvre dans la tradition de la littérature de voyage. Cela n’a pas pour effet de rabaisser la qualité de son écriture, au contraire, puisque cela le met en compagnie de Nicolas Bouvier, de Michel Butor, de Claude Lévi-Strauss, d’Iain Sinclair, mais aussi de Chateaubriand, de Nerval, etc.
    Le travail de recherche en littérature contemporaine se donne comme tâche de réinvestir d’anciennes terminologies pour connecter les auteurs d’aujourd’hui et les classiques d’autrefois. Il est toujours jouissif de casser les jouets anciens mais le fruit qu’en en retire n’est pas toujours très riche.
    Vous choisissez de le désigner comme « arpenteur ». Pourquoi pas ? Cela me convient. Emmanuel Ruben aussi préfère appeler son livre sur le Danube un « récit d’arpentage » au lieu de récit de voyage. L’introduction du collectif que vous citez sur Rolin dit la même chose : rejet du terme « récit de voyage » au profit de toutes les autres appellations : « littérature d’enquête », « de terrain », etc.
    Je résiste à ce cliché contemporain qui consiste à déprécier a priori le genre littéraire « voyage », au motif que des imbéciles et des médiocres l’auraient préempté. Jean Rolin en est un digne représentant, comme J.-C. Bailly et P. Vasset que vous citez, et comme avant lui Barthes, Baudrillard, Gide, etc.
    Je vous invite à lire, à ce sujet, la recension que Philippe Antoine a faite de ce collectif sur Rolin dans la revue Viatica. Il montre avec force et nuance que dédaigner la littérature de voyage n’augmente pas le prestige de notre auteur, mais au contraire questionne certaines tendances de la critique universitaire.

    Réponse
    • Julien Barret

      Merci à vous pour ce commentaire riche et instructif.
      Vous auriez pu mettre en lien vos contributions à la critique de cette œuvre de l’arpentage et du voyage, notamment ici https://www.academia.edu/39680391/_Lieux_de_m%C3%A9moire_et_non_lieux_dans_loeuvre_viatique_de_Jean_Rolin et là https://www.erudit.org/fr/revues/etudlitt/2021-v50-n1-etudlitt05989/1076739ar/
      Je n’ai pas approfondi la question des genres ou des étiquettes littéraires (souvent journalistiques) qu’on attribue aux auteurs, et je n’ai pas remis en question la réticence de Jean Rolin à s’inclure dans une tradition d’écrivains voyageurs, ni même d’autres auteurs qu’on pourrait y rattacher, partant du principe que chacun peut décider de se faire appeler comme il le souhaite (c’est ainsi que j’entends les arguments des gens qui définissent eux-mêmes leur profession ou qui orthographient singulièrement leur nom, quand bien ces définitions ou graphies me semblent impropres). Mais, de toutes façons, vous avez creusé vous-même cette question et vous avez bien fait. Je suis tout à fait d’accord pour opérer des rapprochements d’une époque à l’autre, en caractérisant des prolongements esthétiques ou créatifs chez les artistes : c’est le propre de la démarche rhétorique, achronique ou atemporelle, qui me fait par exemple rapprocher les rappeurs des Grands Rhétoriqueurs quant à un commun usage des figures de rimes. bon, et sinon je vais lire la recension dont vous parlez.
      Portez-vous bien. J. Barret.

      Réponse
  2. Deval

    Cher Julien, je préfère de loin ( et de près) le travail d’écriture de Marie-Hélène Bacqué dans Retour à Roissy . Travail plus riche en référence avec une approche sensible des lieux que je ne retrouve pas dans «  l’arpentage » technique de Jean Rolin. Arpentage qui ne fait que mesurer la vision objective et sans horizon.
    Le protocole systématique du pont de Bezons ( le seul ouvrage que j’ai lu de lui) fait que j’ai pu le lire en diagonale avec des allers et retours désagréables en toute réciprocité de l’amont et de l’aval . Pour le voyage en RER j’ai été immergé au cœur du territoire du début à la fin avec la chaleur humaine d’une sociologue face à la froideur de l’ingénieur des lieux.
    Mais grâce à ton précieux travail j’ai découvert la grande personnalité de Jean Rolin mais la lecture du pont de Bezons m’était impossible physiquement.
    Bien amicalement, Jacques

    Réponse
    • Julien Barret

      Merci, Jacques, pour ce commentaire qui peut donner lieu à une discussion. Je ne souscris pas à ton propos, peut-être parce que j’ai lu plus d’un livre de Rolin et que tout dans son œuvre n’est pas aussi géographique ou topographique que Le Pont de Bezons. il y a, en particulier dans La Clôture, des échanges assez incarnés avec des personnages de chair et d’os, notamment un homme qui vit dans un pilier du périphérique, Gérard Cerbère, et un autre, Lito, ex-colonel des Forces armées zaïroises qui travaille comme agent de sécurité au Mac Donald de la porte de Clignancourt (et qui apparaitra dans d’autres livres de Rolin). Il serait intéressant que tu lises ce livre qui jette une lumière inédite sur les abords de Paris avant le passage à l’an 2000. Quant à la sociologie, ce n’est pas le type de lectures dont je souhaite me nourrir, même si je lirai avec plaisir le livre que tu mentionnes de Marie-Hélène Bacqué, et que j’avais d’ailleurs prévu de découvrir ; )

      Réponse

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Poème : Le Cabaret des faubourgs de barrière

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Voyage au pays des « Illustres » du 7e  arrondissement

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Perec, Paris : l’usage de la ville

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Jean Rolin, profession arpenteur

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Revivez un parcours surréaliste au cœur de Paris

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Une scène de poésie estivale sur la place Louis-Aragon

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La géographie parisienne de Jacques Tardi

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Le siècle des Lumières dans le 6e

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Enquête poétique sur les pas d’André Breton à Pantin

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A la découverte de l’atelier de Man Ray rue Férou

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Une odyssée aérienne dans le 15e arrondissement

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L’avenue Gallieni, une « zone » en mutation à la frontière de Paris

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Le Dilettante, de la Butte-aux-Cailles à l’Odéon

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Passé et avenir du boulevard périphérique

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Balade poétique sur la Montagne Sainte-Geneviève

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Le Tumulte de Paris, un essai d’Éric Hazan

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Parcours poétique et artistique au fil de l’Ourcq

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Exposition : L’invention du surréalisme à la BNF

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Blaise Arnold et Nicolas Pierre, artisans des faubourgs

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Sur les traces de Balzac au cœur de Paris

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Pierre Ménard : « Chaque pas en ville est une écriture »

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L’histoire de la Petite Russie du 15e arrondissement

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Le Paris surréaliste : entretien avec Henri Béhar

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Les musiques africaines à la Goutte d’Or

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Le terrain de Stalingrad, lieu mythique de l’histoire hip-hop

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A la crypte archéologique, Notre-Dame vue par Hugo et Viollet-le-Duc

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Balade-Poème surréaliste aux Buttes-Chaumont

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Le Ménilmontant de Gérard Mordillat

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Rencontre avec Marguerite Stern, initiatrice des collages anti-féminicides

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Le mystérieux masque de l’inconnue de la Seine

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Paris aux cent visages, un livre de Jean-Louis Bory

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Parcours street art à Montmartre avec Codex Urbanus

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Rencontre avec Zloty, le premier street artiste au monde

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La renaissance du Chat noir, journal et cabaret mythique de Montmartre

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Les Brigades Vertes, entre le Sahel et Clichy-la-Garenne

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Interview de Jef Aérosol pour son autoportrait Chuuuttt à Beaubourg

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Rencontre avec Seth Globepainter, pour une œuvre hommage à Zoo Project

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A la découverte du Sentier Nature du 16e arrondissement

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Les Frigos, une histoire de l’art et de l’urbanisme à Paris

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Tentative de description d’une balade situationniste

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Le Pavillon de l’Arsenal imagine l’urbanisme agricole du futur

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La rénovation du musée de Cluny

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La métamorphose du nord-est de Paris, entre projets urbains et friches transitoires

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Que reste-t-il du Château Tremblant, hôtel mythique du canal de l’Ourcq ?

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Ces anciennes gares du 18e reconverties en bars branchés

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La grande randonnée du Parc des Hauteurs

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Rencontre avec le Président de la République de Montmartre

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Le festival Monuments en mouvement fait vibrer le château de Vincennes

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Interview de l’artiste urbain VHILS exposé cet été à Paris

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Qu’est-ce que la psychanalyse urbaine ?

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L’ancienne gare de Vaugirard-Ceinture

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La fresque de Philippe Hérard rue des Couronnes

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Un objet flottant non identifié sur le canal à Pantin

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Le Belleville de Pilote le Hot ou la culture rapide

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Le Gibet de Montfaucon, une mémoire de l’horreur au cœur de Paris

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Sylvanie de Lutèce dévoile les mystères de Paris

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Rencontre avec le conservateur des Beaux Arts de Paris

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Le 6e arrondissement de Philippe Tesson

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Quel est le point le plus haut de Paris : Montmartre ou Télégraphe ?

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Le Bal de la rue Blomet renaît de ses cendres

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L’atelier du 54 rue du Château

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Une photo pittoresque : la gare de tram des Coteaux

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Une photo insolite : une nouvelle place handicapé

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Jean-Louis Celati, le vrai titi parigot

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