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A l’occasion de sa réouverture plus d’un an après l’incendie de Notre-Dame, la crypte archéologique propose une exposition passionnante consacrée à l’histoire de la cathédrale, telle qu’elle a été remodelée par Victor Hugo et Viollet-le-Duc

Article publié le 19 septembre 2020

Charles Nègre, Le Stryge, vers 1853 © Musée d’Orsay

Notre-Dame avant l’incendie

Une émotion inédite s’est emparée de la planète lorsque les flammes ont dévoré Notre-Dame, embrasant sa flèche, fondue, et dévorant sa forêt. Une telle réaction est sans doute le signe que cette cathédrale symbolise, au-delà de l’édifice religieux, tout un pan de la culture et de l’histoire de France. A lire les panneaux de l’exposition intitulée Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo à Viollet-le-Duc, accueillie dans la crypte archéologique située sous son parvis, on se dit qu’elle est née avec le roman de Victor Hugo. Pour beaucoup de gens, l’édifice se confond avec l’histoire du livre et ses personnages, ou leurs avatars sortis d’un opéra, d’une comédie musicale, d’un film Disney.

Autre acteur de cette résurrection : Viollet-le-Duc, un architecte appelé par Prosper Mérimée, inspecteur de travaux publics, à restaurer le Mont Saint-Michel et l’abbaye de Vézelay. En 1844, il est invité à réhabiliter la cathédrale avec Jean-Baptiste-Antoine Lassus qui vient de finir le chantier de la Sainte-Chapelle et réalisera ensuite l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Viollet-le-Duc demande à Geoffroy-Dechaume de sculpter la nouvelle flèche, plus haute de 15 mètres que la précédente et ornée de douze statues d’apôtres, dont une représentant Saint-Thomas sous ses propres traits.

Enfin, si Hugo et Viollet-le-Duc ont changé notre regard sur Notre-Dame, il faut aussi rendre hommage aux photographes, qui fixent ces travaux en expérimentant un medium nouveau, apparu à la suite des expériences de Daguerre dans les années 1837 et 1838. Tous leurs clichés constituent une source de documentation exceptionnelle sur la réhabilitation, sans laquelle l’exposition n’aurait pas été la même.

Thermes antiques des 3e et 4e siècles

La crypte archéologique de l’île de la Cité est un espace assez méconnu des Parisiens. Elle a été exhumée à la fin des années 1970 à l’occasion de fouilles pour l’aménagement d’un parking souterrain et ouverte au public en 1980. C’est l’un des trois lieux antiques de Paris, avec les thermes de Cluny et les Arènes de Lutèce, sauf que, précise la conservatrice du site archéologique de la crypte, Sylvie Robin, « celui-là est resté brut, sur les niveaux antiques, alors que les arènes de Lutèce et les thermes de Cluny ont été très remaniés ». A la suite de l’incendie, la crypte située sous la dalle de la cathédrale avait fermé, ce qui a permis de faire des travaux, tout en veillant à ce que la ventilation ne diffuse de la poussière de plomb. La scénographie et les éclairages aussi ont été refaits pour accueillir le public.

Ce qui frappe d’abord, c’est un parcours tournant autour des vestiges qui plonge le visiteur dans l’architecture de ces thermes datant des 3e et 4e siècles après J.C., lorsque l’île de la Cité était fortifiée et entièrement occupée par un palais de garnison. La crypte permet d’observer le soubassement en pierres d’un rempart de deux mètres de large, jadis surmonté de brique et de moellon. Construit entre 310 et 360 après Jésus-Chris, ce fragment d’enceinte est le plus ancien de Paris. C’est l’époque où les villes de Gaulle du Nord édifient des murailles pour se protéger des invasions barbares, et notamment des Huns emmenés par Attila. A l’intérieur de ces remparts, donc, on trouvait un palais où l’empereur Julien s’installe en 357, une caserne accueillant les garnisons, une basilique civile à la place du marché aux fleurs actuel, un grand magasin correspondant à l’Hôtel-Dieu, ainsi que des termes où les militaires venaient se laver.

Le vestige le plus fascinant, sinon le plus ancien, est peut-être ce morceau du quai de l’île de la Cité datant de la romanisation, au 1er siècle, à l’endroit où les colons romains construisent un port. Une salle permet d’observer une partie conservée de ce quai en pierres, prolongé par une image de synthèse. Sont aussi exposés des objets issus de la nécropole des Gobelins, un site enfoui sous le carrefour Arago-Gobelins dans le 13e, comme des céramiques funéraires, des gobelets, des fibules et des protections de sabots de chevaux.

Brassaï, Vue nocturne de Notre-Dame sur Paris et la tour Saint-Jacques, 1933 © Estate Brassaï – RMN-Grand Palais

Un parcours ludique consacré la cathédrale

Mais la grande expo de réouverture, c’est celle consacrée à cette courte période qui va de la publication de Notre-Dame de Paris en 1831 à la fin des travaux de Viollet-le-Duc en 1864, après un chantier de vingt ans. Le parcours est habilement scénographié, avec des écrans 3D permettant de voir Notre-Dame sous tous les angles et à toutes les époques. Sous chaque panneau explicatif, en outre, un panneau ludique et accessible est destiné aux enfants.

Il ne semble pas exagéré de dire que Victor Hugo a fait renaître cette cathédrale, à une époque où, avant sa réhabilitation par les romantiques, le gothique était déconsidéré, voire méprisé. Auparavant, nombre de travaux avaient déjà modifié l’aspect de la cathédrale, sans considération pour son passé. C’est aussi l’époque où l’on rase l’église Saint-Jacques, dont il ne reste aujourd’hui que la tour, pour construire un parc. L’année suivant la publication du roman, Hugo prend la plume pour défendre le vieux Paris dans Guerre aux démolisseurs (1832), un texte devenu célèbre. On découvre aussi ses dessins et quelques lavis exceptionnels, à l’image de ces « souvenirs de Paris » qu’il se remémore en exil à Guernesey. Sa technique est complexe : plume et lavis d’encre brune, encre, fusain, crayon, grattages, papier vélin.

Inspiré par l’œuvre d’Hugo, Viollet-le-Duc crée une cathédrale comme une œuvre d’art total. De son point de vue, une restauration est une réinvention, comme l’indique une citation mise en exergue sur un mur de l’exposition : « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. » C’est ainsi qu’il dessine avec une grande précision les croquis des nouvelles sculptures, en particulier ce célèbre stryge immortalisé par de nombreuses photos, dont celle de Brassai (ci-contre).

Démon femelle ailé, mi-femme, mi-oiseau, le stryge ainsi baptisé par un collectionneur fait partie des sculptures disposées sur la galerie reliant les deux tours. Lorsque Viollet-le-Duc l’a conçu, il était inspiré du bestiaire médiéval et de l’oeuvre d’Hugo – puisque la créature semble synthétiser plusieurs personnages de Notre-Dame de Paris, à la fois Quasimodo, Esmeralda et Frollo qui apparaît dans une scène du livre accoudé au parapet la tête entre les mains. Ce stryge a aussi été immortalisé par Charles Nègre, qui le fixe au côté d’un de ses amis photographe, un cliché tellement symbolique qu’il constitue l’affiche de l’exposition.

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