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Que reste-t-il du Château Tremblant, hôtel mythique du canal de l’Ourcq ?

Cet hôtel vétuste bordant le canal de l’Ourcq et dont les fenêtres donnaient sur le pont de la Petite Ceinture reste un lieu mystérieux du Paris surréaliste, aujourd’hui disparu.

Le Château tremblant fait partie de ces lieux mythiques du Paris disparu, de ceux qui excitaient déjà l’imagination des artistes de leur temps et dont la trace ne se conserve qu’à travers quelques rares témoignages. D’ailleurs, il ne figure pas dans le Guide du Paris surréaliste, pourtant assez complet, édité sous la direction d’Henri Béhar (Editions du Patrimoine, 2012).

C’est en visionnant une archive de l’INA recueillant un témoignage de Jacques Prévert sur le 54 rue du Château, que j’apprends l’existence de ce lieu oublié. Alors qu’on l’interroge sur cette baraque de Montparnasse où il vivait avec sa femme, ainsi que le peintre Yves Tanguy et sa compagne, c’est un autre Château qu’évoque Prévert, plus mystérieux encore.

Au Château tremblant était un petit hôtel qui bordait le canal de l’Ourcq, quai de la Marne, dont les fenêtres s’ouvraient sur la passerelle du chemin de fer de ceinture qui l’enjambe. Pourquoi tremblant ? Parce qu’il « tremblait quand le train passait », explique Prévert.

Après quelques recherches, j’en retrouve la silhouette dans des images d’un film de 1936 exhumées par le site marcel-carne.com. Il s’agit du premier film de Marcel Carné, Jenny, dont les dialogues furent justement coécrits par Prévert. Dans la scène en question, Lucien (Albert Préjean) emmène en voiture une jeune-fille sur les bords du canal, Danielle, jouée par Lisette Lanvin. Ils empruntent ce « pont craqueur », passent devant le Château tremblant, et se rendent « Au Rendez-vous de la marine » qui existe toujours, 14 quai de la Loire.

Dès 1928, Jacques Prévert et son frère avait déjà mis en images ce lieu dans Souvenir de Paris, court-métrage évoqué par Gilles Schlesser, fils du fondateur du cabaret l’Écluse, dans un post sur le sujet : « La caméra suit des femmes dans les quartiers de l’Opéra, des Champs-Élysées, sur le quai d’Austerlitz et vers le canal de l’Ourcq. On y aperçoit le pont de Crimée et le fameux hôtel-bistrot, Au Château tremblant, qui inspirera à Prévert un poème, Intempéries, dans lequel un ramoneur a perdu sa marmotte, emportée par le vent du nord » : « Et le vin du Château-Tremblant monte à la tête du rêveur et lui ramone les idées ».

Trente années plus tard, Henri Langlois retrouve les rush de Souvenir de Paris et les frères Prévert en font un nouveau film, avec musique et commentaire, Paris la belle. Jacques y joue son propre rôle, Marcel Duhamel incarne le facteur, le commentaire est lu par Arletty. Le film sort en 1960 et obtient le Prix spécial du Jury à Cannes.

Capture d'écran du site marce-carne.com

Image extraite du film Paris la Belle (archives de la famille Prévert)

Comme le montre ce plan extrait de Paris la belle, l’hôtel est presque littéralement collé à la voie ferrée. Dès lors, on ne peut s’étonner  que le train fasse trembler ses fondations.

Alors, que reste-t-il de cet hôtel mythique ? Absolument rien, comme on le voit sur les photos en haut de page. Il a été remplacé, avec la fabrique de plâtre mitoyenne, par un grand immeuble des années 80. Quant au pont de la Petite Ceinture, il était décoré d’une fresque tissée de rouge lors du festival Ourcq Living Colorz…  

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