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Le Bal de la rue Blomet renaît de ses cendres

Après avoir changé de nom, le mythique Bal de la rue Blomet a rouvert le 22 mars 2017. Une salle de concert de 250 places, consacrée au jazz, au cabaret, à la comédie musicale et dotée d’un restaurant de 70 couverts. Rencontre avec son fondateur, Guillaume Cornut, un vrai passionné de Paris.

Publié le 12 juillet 2017

Guillaume Cornut est un passionné. Il a la passion de la musique, celle de Paris et celle d’une époque, les années 20. S’il a été trader, c’était dans l’idée, un jour, d’ouvrir un lieu comme celui-là, lui qui est aussi un pianiste professionnel fasciné par Gershwin, Scott Joplin et Duke Ellington. Lorsqu’il a appris que les murs de l’ancien Bal Blomet étaient à reprendre, il a sauté sur l’occasion. Avec un projet solide, inspiré des mythiques clubs new-yorkais. Son vœu : recréer une salle de concert ouverte au jazz, au cabaret ou au classique, à l’endroit même où les Surréalistes et le tout Paris venaient écouter de la biguine et découvrir la revue de Joséphine Baker.

Le lieu d’abord : c’est une vieille maison du village de Vaugirard construite en 1802, visible sur les plans anciens. Le propriétaire, M. Copreaux, avait fait construire quatre maisons côte à côte, aux numéros 29, 31, 33, 35 et tracer une voie reliant le chemin Blomet à la rue de Vaugirard, devenue la rue Copreaux.

 

Le Paris des années 20

Dans les années 1920 s’y tient le café d’un Auvergnat nommé Jouve, dans l’arrière-salle duquel Jean Rézard des Wouves, musicien et homme politique martiniquais, installe en 1924 son quartier-général de campagne. La même année, Breton publie le Manifeste du Surréalisme et Aragon écrit le Paysan de Paris. Cette salle de réunions politiques devient rapidement une salle de bal. L’orchestre est mené par le clarinettiste Ernest Léardée, dont l’autobiographie est riche en anecdotes sur le Bal. Les Antillais qui travaillent à l’usine Citroën voisine viennent y danser la biguine. Un danseur subjugue les foules de l’époque : c’est Felix Ardinet, qu’on peut admirer, au côté des musiciens, dans le film de Jean Grémillon, La Petite Lise, dont une partie se déroule au Bal Blomet.

En 1925, le poète Robert Desnos, dans un article pour la revue Comoedia, lance cette appellation de « Bal Nègre » à l’origine d’une controverse récente :
« Dans l’un des plus romantiques quartiers de Paris, où chaque porte cochère dissimule un jardin et des tonnelles, un bal oriental s’est installé. Un véritable bal nègre où tout est nègre, les musiciens comme les danseurs : et où l’on peut passer, le samedi et le dimanche une soirée très loin de l’atmosphère parisienne parmi les pétulantes Martiniquaises et les rêveuses Guadeloupéennes. C’est au 33 de la rue Blomet, dans une grande salle attenante au bureau de tabac Jouve, salle où, depuis bientôt un demi-siècle, les noces succèdent aux réunions électorales. »

Polémique

L’usage du mot nègre n’est pas anodin en effet. Un article d’Africultures interroge la sémantique du mot, en évoquant la subtilité de ces différentes connotations. Face aux réactions outragées des associations sollicitées par l’intellectuel Claude Ribbe, Guillaume Cornut rebaptise le lieu comme il avait déjà été nommé : bal Blomet ou bal de la rue Blomet. S’il était évident pour Guillaume Cornut qu’il ne fallait pas baptiser son lieu « Bal colonial » comme cela avait aussi été le cas, le propriétaire n’avait pas perçu la dimension offensante de l’appellation nègre, en invoquant l’usage esthétique de l’époque.

Pour lui, il s’agissait de retrouver l’esprit des années 20. Non pas, évidemment, celui de l’exposition coloniale de 1931, mais celui de l’effervescence culturelle de l’époque. Si les Surréalistes étaient opposés à l’exposition coloniale, ils défendaient « l’art nègre ». « C’est l’époque des nouvelles esthétiques, ou l’on cherche à oublier le monde ancien qui a entraîné la guerre. On s’ouvre aux ballets suédois, au jazz, aux ballets russes, aux nouvelles formes de pensée comme le surréalisme », selon Guillaume Cornut.

Le 33 de la rue Blomet est d’abord le rendez-vous des artistes du voisinage, qui vivent dans les fameux ateliers du 45 de la rue Blomet, à l’instar de Desnos, Juan Miro ou André Masson. Dès lors, tout le monde s’y presse, le Paris des artistes comme celui des ouvriers, Maurice Chevalier, Mistinguett, Foujita, Kiki de Montparnasse et Man Ray. On vient aux soirées consacrées à la biguine, au jazz, on y danse, on y boit, on y courtise des femmes.  Dans Je me souviens du 15e de Béatrice Brasseur, la chanteuse créole Moune de Rivel raconte qu’il suffisait de dire 33 à un chauffeur de taxi pour qu’il vous emmène au Bal Blomet.

Trois ans de travaux

Sur le chantier de l’ancienne arrière-salle, le réalisateur Daniel Deleforges a fait venir 150 groupes et artistes qu’il a filmé en train de jouer in situ. Au sous-sol, Guillaume Cornut a fait creuser une nouvelle salle de 250 places en reproduisant la coursive de la précédente. Il a utilisé des matériaux bruts évoquant les clubs new-yorkais et l’univers industriel du 15e, mur de briques rouges, coursive en métal brut, estrade en bois pour les musiciens.

Le restaurant était déjà ouvert lors de notre passage en février dernier, tandis que curieux et riverains ne cessaient de frapper à la porte, enthousiastes à la perspective de cette réouverture. Lithographies de l’affichiste Paul Colin aux murs, la Table du Bal Blomet propose des assiettes du marché à des prix abordables.

La démarche de Guillaume Cornut s’inscrit dans un esprit de partage et d’ouverture. Il souhaite que tout le monde puisse découvrir le jazz, en le soustrayant aux codes compassés qui entravent sa diffusion. Avec l’idée de retrouver un esprit, celui du Cotton Club de Harlem. « Ça peut sembler prétentieux, mais j’essaie de faire le Châtelet façon club de jazz. C’est d’abord un lieu où l’on va écouter de la musique, même si, de façon exceptionnelle, deux fois par an, on accueillera peut-être un bal années 20 ! »

 

Programmation foisonnante

Ce haut lieu du music hall accueille plusieurs représentations du Cabaret Extraordinaire, l’un des meilleurs cabarets humoristiques d’aujourd’hui, animé par Maria Dolores, comédienne à contre-courant incarnant un personnage de cantatrice madrilène délirante, entourée d’artistes comme Yanowski. En outre, les Frivolités Parisiennes présentent une comédie musicale incluant de la biguine et du lyrique. A l’occasion du centenaire du premier enregistrement de jazz, deux jeudis par mois, des soirées-concerts retracent les étapes de l’épopée de cette musique. L’Ensemble Contraste, réunion d’artistes éclectiques, propose un concert qui réinvente l’univers du tango. Quai N°5 remixe Bach avec les rythmes latinos, et mélange Mozart, la musique yiddish et la pop. Enfin, pour la soirée du 31, le guitariste Philip Catherine se produira en big band.

Plus d’infos sur : www.balblomet.fr

 

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