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Balade : le tour du 17e arrondissement

Une promenade poétique et surprenante qui suit précisément les limites du 17e arrondissement, au fil de quartiers très divers, tantôt cossus tantôt faubouriens. 

Passerelle des Arts©PhillipeMuraro

Une promenade poétique et surprenante

Le 17e est né en 1860 de l’annexion d’un village (Clichy), de deux hameaux (les Batignolles et la plaine Monceau), et d’un quartier (les Ternes, ancien village du Haut Roule). Il forme un trapèze inversé dont les bases seraient figurées par le périphérique et les boulevards des Batignolles et de Courcelles, tandis que l’avenue de la Grande Armée et l’avenue de Saint-Ouen en seraient les côtés.

Plus exactement, sa limite extérieure est constituée de ces rues méconnues à la lisère des villes des Hauts-de-Seine, Levallois et Clichy surtout, ainsi que Neuilly et Saint-Ouen, et d’un sentier raccordant une série de squares en bordure du périphérique. Quant à sa limite intérieure, elle garde le charme de l’ancienne enceinte de fermiers généraux qui fut édifiée avant la Révolution et détruite en 1860, lors de l’annexion de ces villages qui allaient plus que doubler la surface de Paris.

Notre promenade suit les limites proprement dites de l’arrondissement pour mieux le ressaisir, d’une façon à la fois concrète et poétique. Faire le tour du 17e nous fait traverser des quartiers aux ambiances très distinctes, riches à l’ouest et au sud, populaires au nord, presque champêtres à l’est. Quel contraste entre la populaire Porte de Saint-Ouen et la luxueuse Place de l’Étoile, entre la nocturne Place de Clichy et le chantier de la Porte Maillot !

Allez, suivez-nous au fil d’un jeu de piste dont la contrainte (marcher le long de la limite administrative du 17e) nous amène à quelques bifurcations étonnantes…

Entre la place de Clichy et Villiers

La Place de Clichy est un lieu mythique de la nuit parisienne, environné de bars, de boites de nuit, de salles de spectacles et de cinémas. En outre, c’était jadis une barrière du mur des fermiers généraux – disparue à l’inverse de la barrière de Chartres, dans le parc Monceau – où l’on percevait l’impôt douanier, la ferme générale. Le mur impopulaire suscita cet alexandrin anonyme : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant. » Les Parisiens venaient s’encanailler dans les cabarets disposés au-delà de cette limite, du côté du 17e actuel, où le vin était moins cher.

De la place de Clichy au métro Villiers, le boulevard des Batignolles, que coupe en son milieu le pont de la gare Saint-Lazare, s’étire de façon plutôt bohème, avec ce terre-plein central et une jolie perspective sur le Sacré-Cœur. Voici le théâtre Hébertot, ancien théâtre des Batignolles bâti en 1838 par Adolphe Azémar et exploité par les frères Sevestre, comme les quatre autres théâtres de la banlieue d’alors, Belleville à l’est, Grenelle au sud-est, Montmartre au nord et Montparnasse au sud. Il a gardé son architecture majestueuse et propose une programmation de choix, comme son annexe le Studio Hébertot.

Entre Villiers et l’Étoile

Passé le manège, en avançant sur le boulevard de Courcelles, une atmosphère de haute bourgeoisie enveloppe les abords du parc Monceau et du 8e mitoyen. Ici les hôtels particuliers se multiplient et les dômes couronnent majestueusement des immeubles d’inspiration hausmannienne. Les arbres bordent cette fois le boulevard sur ses deux côtés, et les voitures passent au centre. On longe la grille du parc Monceau jusqu’à cette place de la République Dominicaine qui se déploie majestueusement sur cinq rues, face à la rotonde construite par Ledoux, seule barrière d’octroi encore visible avec la rotonde de la Villette. Nous ne sommes plus dans l’ancien village des Batignolles, mais aux abords de la Plaine Monceau, dont les salons accueillaient à la fin du 19e siècle les musiciens, peintres et écrivains les plus en vue. Anciennes terres de chasse de la noblesse, elles furent loties par les frères Pereire comme le quartier des Ternes que symbolise la place circulaire avec ses fleuristes, ses brasseries et sa fameuse FNAC. Le trajet s’incurve sur l’avenue de Wagram qui devient plus touristique à mesure qu’elle monte vers l’Arc de Triomphe dont se dessine le profil.

Entre L’Étoile à la porte Maillot

La Place de L’Etoile, dont Patrick Modiano a fait le titre d’un roman, concourt au prestige de Paris et de la France, avec son Arc de Triomphe sous lequel flotte éternellement la flamme du soldat inconnu. On peut faire l’ascension du monument et profiter de la vue magistrale qu’il offre sur ses douze avenues rayonnantes, en particulier celle de la Grande-Armée dont la perspective sur l’Arche de la Défense prolonge la Concorde et les Champs-Élysées.

Sur les pavés de cette avenue qui descend vers la porte Maillot, apparaissent très distinctement les tours de la Défense, et si l’on se retourne, l’Arc de Triomphe dans toute sa largeur. Le prolongement des Champs-Élysées est marqué par ce mélange d’hôtels particuliers et d’immeubles des années 70, au rez-de-chaussée desquels se multiplient des boutiques de moto. Tout comme sur le début du boulevard de Courcelles se dessine, parallèlement à la bruyante avenue passante, une allée à la circulation adoucie, en bordure d’immeubles.

Entre la porte Maillot et la porte d’Asnières

Un gros chantier occupe le rond-point central de la Porte Maillot, en vue d’aménager une gare qui prolonge la ligne du RER E. On distingue sur la droite l’entrée du Palais des Congrès, l’ancienne station de Petite Ceinture devenue gare SNCF et, face à la barre du Méridien, la haute tour du Hyatt Regency. En franchissant le périphérique, on a l’impression (inexacte) de sortir de Paris.

Commence alors la pittoresque et méconnue promenade Bernard Lafay, un sentier constitué d’une enfilade de parcs reliant la porte des Ternes à la porte d’Asnières, à l’écart des nuisances routières pourtant si proches. Au début, ce sentier parallèle aux tranquilles rues Cino Del Duca et Jacques Ibert n’a l’air de rien, mais l’ensemble constitue un vrai parcours de promenade. Le décor change et on se retrouve dans une alternance d’immeubles et d’aires de jeux émergeant des bosquets, puis sur une passerelle dominant un ensemble de chapiteaux : c’est l’Espace Turbulences, lieu artistique dédié aux professionnels handicapés. A la porte de Courcelles, entre le périphérique et le boulevard de Reims, derrière le conservatoire du 17e, un terrain aujourd’hui loti a longtemps accueilli le cirque Romanès.

Entre la porte d’Asnières et la porte de Saint-Ouen

Le boulevard du Fort de Vaux plonge sous le pont la voie ferrée de Saint-Lazare, bordé à gauche par un foyer pour travailleurs étrangers, puis par une surréaliste station service Leclerc, perdue au milieu de nulle part. On sort du passage sous-terrain en remontant le boulevard du Fort de Douamont que borde toujours le périphérique, derrière lequel se profile la silhouette transparente et étagée du TGI, en fin de travaux. Il faut alors bifurquer vers l’intérieur de Paris, à la porte de Clichy, pour rejoindre le cimetière des Batignolles.

Voilà un lieu singulier, recouvert dans sa partie nord par le périphérique. Les tombes sont à l’ombre sous le passage des voitures et on aperçoit par endroits le nouveau palais de justice. En sortant, la rue Pierre Rebière longe le cimetière par l’intérieur, avec ses maisons d’architectes en bois et ses immeubles HLM récents et colorés. Elle débouche sur un triangle en chantier, terrain vague éphémère qu’on longe pour repasser sous le périphérique en vue de rejoindre, suivant la rue Fructidor et la rue Toulouse-Lautrec, la porte de Saint-Ouen.

Entre la porte de Saint-Ouen et la Place de Clichy

A sa naissance, l’avenue de Saint-Ouen ressemble à l’avenue de Clichy. Côté 18e, l’ancienne gare de la Petite Ceinture, qui accueillait jadis une quincaillerie, accueille désormais un bar branché. A Guy Môquet, la perspective ouverte par la rue Legendre est plutôt agréable, comme ces contre-allées cachant de mystérieuses enclaves villageoises. L’avenue de Saint-Ouen rejoint l’avenue de Clichy à La Fourche, toponyme intéressant à plusieurs égards. D’abord parce que son nom traduit sa disposition géographique, bifurcation de ces deux avenues menant aux portes qu’elles désignent et qu’épouse précisément la fourche de la ligne 13. Ensuite parce que c’est le fief d’un groupe mythique de l’histoire du rap en France : la Cliqua, qui avait adapté le Brooklyn zoo de New York en un Fourch’lyn zoo fantasmé. Remontant le manche de cette fourche, on dépasse le Cinéma des cinéastes, rare ciné d’art et essai encore actif, pour rejoindre notre place toujours animée, l’un des trois seuls points de Paris où convergent quatre arrondissements.

Toutes les photos sont de Philippe Muraro.

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