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Voyage bucolique au fil de la rue Berton

Connue pour accueillir la maison de Balzac, la rue Berton porte aussi l’héritage des frères Perret, d’Apollinaire et de Jean-Jacques Rousseau.

La rue Berton, du nom de deux compositeurs du 18e siècle, est « l’un des coins plus pittoresques de Paris », à en croire Apollinaire dans Le Flâneur des deux rives. À sa naissance rue d’Ankara, entre deux étroits murs couverts de lierre, ses sinuosités dissimulent les secrets des pentes étagées de Passy. Elle s’élargit ensuite entre deux monuments symboles de la littérature française : la maison de Balzac et la clinique du docteur Blanche qui soigna notamment Maupassant et Nerval, ancien hôtel de la princesse de Lamballe devenu aujourd’hui résidence de l’ambassadeur de Turquie. L’auteur de la Comédie humaine habita, entre 1841 et 1847, cette maison dont la porte dérobée lui permettait, dit-on, d’échapper à ses créanciers. C’est aujourd’hui l’un des plus émouvants musées de Paris, qui fut aussi le théâtre de dîners artistiques et mondains réunissant Apollinaire, Duchamp, Picabia ou les frères Perret en 1912 et 1913.

Auguste Perret justement, précurseur de l’architecture en béton, édifia entre 1928 et 1930 l’immeuble art déco voisin, à la place de son ancien hôtel particulier. Au 7e étage se trouvait son appartement, tandis qu’au premier sous-sol, son agence jouissait de la lumière offerte par les verrières de la rue Berton. L’espace occupé par cet immeuble, visible à gauche de la photo actuelle, rend difficile l’identification avec la vue ancienne qu’elle modifie considérablement. La silhouette évanescente de la tour Eiffel, cette bergère chère au poète, est là heureusement pour nous guider.

Sur la façade de la maison de Balzac, une borne posée en 1731 est censée marquer la limite entre les anciennes seigneuries d’Auteuil et de Passy. Mais le sujet est controversé. Selon Hubert Demory, historien du 16e,  « il s’agit d’une borne fiscale séparant la censive du Bas-Passy, appartenant aux Génovéfains seigneurs d’Auteuil, située entre la borne et la Seine et allant de la rue de Boulainvilliers jusqu’à la rue Beethoven ; la partie située au-dessus de la borne appartenait à la censive de Passy ».

Pour achever de dresser le portrait mythique de la rue, il faut ajouter qu’elle accueillait aussi la demeure de François Mussard, de l’autre côté de l’actuel parc de Passy. C’est là que Jean-Jacques Rousseau composa les paroles et la musique de son opéra, Le Devin de village. Du village de Passy ?

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