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Architecture et patrimoine : les symboles du 15e

D’un point de vue architectural, on ne peut pas dire que le 15e compte beaucoup de monuments anciens. Il a été annexé à Paris en 1860, à partir des villages de Grenelle, Vaugirard ainsi que d’une partie d’Issy. Mais à considérer les édifices de l’arrondissement, il émerge certains symboles remarquables qu’on peut rattacher à trois grandes époques : la fin de la révolution industrielle ; l’Art décoratif et le modernisme des années 30 ; les buildings des années 70. Parcours temporel dans le 15e, depuis sa naissance jusqu’à notre époque où l’ancien est remodelé au goût du jour.

A la fin du 19e siècle et au début du 20e, une architecture de fer et de verre révolutionne les constructions des grandes villes occidentales, comme en témoignent à Paris la Tour Eiffel dans le 7e, le Grand Palais dans le 8e, ou le viaduc de Passy dans le 15e. En 1903, l’usage du béton armé comme moyen d’expression architecturale modifie encore la donne. Dans les années 10 et 20, un nouveau mouvement, appelé plus tard Art déco, simplifie les formes et multiplie les motifs géométriques. Plus radicalement encore, le Mouvement moderne subordonne la forme du bâtiment à sa fonction, utilise de nouvelles techniques, met l’accent sur l’hygiène en valorisant l’air et la lumière. Après la première guerre mondiale, de jeunes architectes menés par Le Corbusier profitent des possibilités qu’offrent de nouveaux matériaux pour concrétiser leurs théories. Ainsi les frères Perret construisent le siège des services techniques des constructions navales de la Marine nationale au 8 bd Victor, Léon Azema édifie l’église Saint-Antoine de Padoue boulevard Lefebvre ou les tourelles du parc des expositions et Mallet-Stevens conçoit un atelier pour le verrier Barillet dans le square Vergennes. Le 15e offre un espace rêvé à ces hérauts de l’architecture moderniste ou Art déco, qui investissent les terrains libérés par les fortifications pour créer des bâtiments spacieux, rationnels, épurés, en recourant aux progrès techniques de l’époque, essentiellement le béton.

 

Viaduc de Passy en novembre 2005 by Gloumouth1 CreativeCommons

Fin du 19e siècle

Une statue de la Liberté à Paris (1889)

Saviez-vous que Paris aussi possède une statue de la Liberté ? Il existe dans le monde plusieurs répliques de la célèbre statue de Bartholdi offerte aux Américains en 1886 pour célébrer le centenaire de leur Déclaration d’indépendance et lointainement inspirée du Colosse de Rhodes. Celle du 15e est plantée à la pointe aval de l’île aux Cygnes, qui émerge au mitan de la Seine, entre les 15e et 16e arrondissements. Cette statue, coulée en bronze en 1885, fut offerte à la France par le Comité des Américains de Paris à l’occasion du centenaire de la Révolution. Elle fut inaugurée par le président Carnot le 4 juillet 1889, en présence de son créateur dont l’atelier était situé à côté.

Le beffroi du parc Georges Brassens (1898) et la halle aux chevaux (1907)

Dans l’actuel Parc Georges-Brassens, construit à l’emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard, en activité de 1897 à 1979, un campanile s’élève comme le clocher d’une église. C’était le siège des ventes à la criée. Le théâtre Monfort voisin occupe un bâtiment des abattoirs, tandis que la halle aux chevaux accueille maintenant le marché du livre ancien et d’occasion.

De l’ancien marché ont notamment été conservées les portes monumentales ornées d’un cheval et deux sculptures de taureaux réalisées par Isidore Bonheur lors de l’Exposition Universelle de 1878. L’ancienne gare des abattoirs, sur la ligne de la Petite Ceinture voisine, facilitait l’acheminement des animaux.

Des sheds typiques de l’architecture industrielle (fin 19e)

Sur un côté de rue Charles Lecocq, entre la rue de la Croix-Nivert et la rue Lecourbe, on observe un édifice singulier, tout en longueur, recouvert de toits rouges. Il ne s’agit pas à proprement de sheds, types de toits en dents de scie apparus en Angleterre sous la révolution industrielle pour laisser pénétrer la lumière du nord dans les ateliers, puisque la toiture vitrée est régulière. L’édifice est un dépôt de bus de la RATP, ouvert en 1900 et qui gère aujourd’hui 145 voitures de huit lignes. On retrouve les mêmes bâtiments un peu plus au sud, entre la rue Desnouettes et la rue Lecourbe. En revanche c’est bien de sheds qu’il s’agit rue Bourseul, derrière l’immeuble-paquebot conçu par Mallet-Stevens et qui abrite le musée Menjdisky, puisque ce bâtiment a une toiture irrégulière dont le versant le plus pentu, transparent, est orienté nord-est.

La Halle aux Chevaux©D.R.

Première moitié du 20e siècle

La Ruche (1902)

C’est à partir de matériaux récupérés à l’Exposition universelle de 1900 qu’est née la Ruche deux ans plus tard, à l’initiative du sculpteur Alfred Boucher. Le corps du bâtiment provient du Pavillon des vins de Bordeaux dont la structure métallique a été conçue par Gustave Eiffel, à quoi s’ajoute la grille d’entrée du pavillon des femmes et les cariatides du pavillon de l’Indonésie. Symbole de l’art moderne du début du 20e siècle, le lieu a accueilli de très nombreux artistes sans ressources dont c’était les ateliers et qui vivaient là. Certains devinrent célèbres comme Modigliani, Soutine, Epstein, Brancusi, Léger, Marie Laurencin, Zadkine ou encore Chagall. Aujourd’hui, c’est toujours une cité d’artistes qui compte une soixantaine d’ateliers agrandis, où vivent toujours leurs occupants.

Le viaduc de Passy (1905)

Le pont de Bir Hakeim est, à proprement parler, un symbole. S’il a servi de décor à une scène mythique du film Inception, il apparaît aussi dans Ascenseur pour l’échafaud, Peur sur la ville ou le Dernier tango à Paris. Dès sa construction en 1905, avec son double étage, il incarne le futurisme et une architecture subtile d’où se dégage une atmosphère singulière. Croisant la Seine de biais en raison du tracé du métro, le viaduc est soutenu par une succession de colonnes agrémentées de luminaires en formes de gouttes de verre serties de métal. Doté de trois niveaux superposés, on y passe à pied, en voiture, en métro. En 1949, le Général De Gaulle le renomme en hommage à la victoire remportée en 1942 en Libye par les Forces Françaises Libres sur l’ Africa Korps du Maréchal allemand Rommel. Lorsque la Seine est en crue, comme lors de la crue spectaculaire du printemps 2016, les Nautes et les Forgerons riveurs ont les pieds dans l’eau, à l’instar du Zouave du pont de l’Alma.

métro MP7 sur le Viaduc de Passy parCramos - WikimediaCommoins
Imprimerie nationale façade sur paris15histoire.com

L’imprimerie nationale devenue ministère (1921)

Au 27 rue de la Convention, un bâtiment de briques claires s’étire en longueur, strié horizontalement de grandes baies vitrées, et devant lequel s’élève une sculpture de Gutenberg par David d’Angers. C’est l’ancien site parisien de l’Imprimerie nationale, qui s’y installa à sa construction en 1921 jusqu’à la vente des bâtiments en 2003. Depuis 2007, c’est devenu le siège de l’Inspection générale des affaires étrangères.

L’Imprimerie nationale tient son origine de l’Imprimerie royale, fondée au Louvre en 1640 par le cardinal de Richelieu sous Louis XIII. Elle détient le « cabinet des poinçons », un atelier du livre et une bibliothèque historique, ainsi que de nombreuses fontes, telles les originaux des Didot ou le Garamond. Elle possède en outre un fonds de caractères « orientaux » (hiéroglyphiques, cunéiformes, idéogrammes…) gravés par des compositeurs typographiques orientalistes.

Une salle des fêtes hors du commun à la mairie du 15e (1929)

Si l’ancienne mairie du village de Vaugirard a été détruite en 1895, celle de Grenelle est toujours sur pied depuis 1825 au 69, rue Violet. Quand à la mairie du nouveau 15e, construite par Désiré Devrez, elle fut terminée en 1876. Dès 1903, sous l’impulsion d’Adolphe Chérioux, élu local et futur président du conseil de Paris, un projet d’agrandissement est décidé avec l’aménagement d’une salle des fêtes qui verra le jour en 1928 sous la main du peintre-décorateur Henri Rapin. Dans une esthétique Art déco, il créé un décor inspiré des quatre saisons, sculptures décoratives, stuc en faux marbre, mobilier, lustres et imposante vue de Paris. Guillonet réalise les motifs du plafond, éblouissant feu d’artifice et ronde de figures volantes.

Inaugurée en février 1929 à l’occasion d’un grand bal, la salle des fêtes a été rénovée en 2011 sous la direction de la section locale d’architecture du 15e et de l’agence La Gare architectes, spécialisée dans le patrimoine. Les toiles peintes ont été restaurées par l’atelier Mériguet-Carrère qui a découvert une série de photos de 1929, donnant à voir le décor complet d’Henri Rapin dans ses moindres détails. Sans leur découverte, le décor d’origine n’aurait pu être restitué.

Mairie du 15e par DXR-WikimediaCommons
Eglise de Javel©DR

Saint-Christophe de Javel : une église préfabriquée à la gloire de l’automobile (1930)

Une église en préfabriqué ? Dans un premier temps, on ne comprend pas forcément ce qui est en cause. Il s’agit de la première église construite avec des éléments de ciment armé et moulé préparés en série, suivant la technique de fabrication brevetée quelques années plus tôt par son architecte, Charles-Henri Besnard, qui avait expérimenté cette méthode pour concevoir la chocolaterie Poulain de Blois en 1917.

Située dans le quartier de Javel, marqué par l’industrie des transports, l’église est empreinte de son histoire. L’activité automobile s’y développe dès 1919, notamment avec Citroën, avant les industries ferroviaires et aérostatiques. C’est pourquoi l’église est dédiée à Saint Christophe, le patron des voyageurs et des automobilistes en particulier.

Le laboratoire de métrologie et d’essais (1932)

Le Laboratoire national d’essais est un organisme français chargé de réaliser les mesures et essais de produits en vue de leur certification pour leur mise sur le marché. Il est installé dans un vaste bâtiment triangulaire, probablement construit en 1932 ou 1933, occupant un îlot compris entre le boulevard Lefèbvre, la rue Gaston Boissier, l’avenue de la Porte de Plaisance et la rue Albert Bartholomé. L’une de ses façades est surmontée d’un bas relief majestueux représentant les outils de mesure, compas, rapporteur, règles… Une impression de sobriété luxueuse typique du modernisme se dégage de l’édifice : façade en pierre de taille, corniches ouvragées des derniers étages, grandes surfaces vitrées des fenêtres à guillotine, qualité des sculptures évoquant le travail et la recherche.

Les bains-douches Castagnary (années 30)

Pour le promeneur parisien, nombreux sont les bains-douches en pierre de meulière agrémenté de mosaïques qui s’offrent au regard au coin d’une rue. Vous avez peut-être déjà vu ceux de la rue Castagnary, en briques rouges typiques des années 1930. A la suite d’une concertation avec les habitants, cet édifice sera consacré au coworking, comme la gare de Petite ceinture de Vaugirard. Les architectes ont souhaité en faire un ensemble bioclimatique et écologique, à la façade végétalisée. Les bâtiments existants abriteront du coworking, tandis qu’un nouvel immeuble sera destiné à la colocation.

Laboratoire de métrologie ©DR
Entrée du parc des expositions par Mbzt - Creative Commons

Les tourelles du parc des expositions (1937)

A l’instar du stade Charléty ou du palais de la Porte Dorée, le parc des expositions fait partie des constructions entreprises lors de l’aménagement des boulevards des maréchaux, après la destruction de l’enceinte de Thiers et l’arasement des bidonvilles mitoyens. Les premières constructions édifiées pour des expositions datent de 1923 pour accueillir la Foire de Paris, qui se tenait jusque-là sur le Champ de Mars.

En 1937, dans le cadre de l’Exposition universelle, une entrée monumentale est construite par Louis-Hippolyte Boileau et Léon Azéma face à la station de métro Porte de Versailles. Elle comporte quatre tourelles illuminées, actuellement toujours visibles, qui constituent l’identité du parc, évoquant des minarets ou des beffrois.

Ce n’est qu’en 1958 que le hall 1 verra le jour, d’une dimension monumentale (144 mètres sur 70 avec une hauteur de 26 mètres au centre), avant que ne soient progressivement construits sept autres halls. C’est le plus important centre d’expositions d’Europe en nombre d’événements. Un projet de modernisation voudrait en faire une exposition universelle permanente.

Des années 70 à nos jours

La tour Montparnasse (1973)

Qu’on la loue ou qu’on la décrie, la tour Montparnasse est évidemment un symbole du 15e. Plus haut gratte-ciel de Paris intra muros avec ses 210 mètres, elle fut jusqu’en 2011 l’immeuble le plus élevé de France. Inaugurée en 1973, elle s’inscrit dans le chantier de la nouvelle gare et de l’ensemble Maine-Montparnasse, avec ses grandes barres d’immeubles en U autour de la gare surmontée d’une dalle agrémentée d’un jardin. Aujourd’hui, on la visite pour observer l’un des plus beaux panoramas de Paris, après celui offert du 4e étage de la Tour Eiffel, à 279 mètres d’altitude. On est loin de la tour Shanghai qui culmine à 632 mètres ou du Burj Khalifa de Dubai, à 828 mètres

Tour Montparnasse par AlfvanBeem-WikimediaCommons

Le Front-de-Seine (de 1967 à 1990)

Lorsqu’on longe la Seine entre le Pont de Bir-Hakeim et le Pont de Grenelle, on ne peut manquer une forêt de buildings. C’est le quartier du Front de Seine, aussi appelé Beaugrenelle, résultant d’une opération d’urbanisme des années 1970 en lieu et place d’anciennes friches industrielles. Comprenant à la fois des tours de bureaux comme celles de la Défense et des immeubles résidentiels à l’image de la tour Italie 13, la vingtaine de petits gratte-ciels du Front-de-Seine offre en outre une certaine diversité architecturale. Atteignant près de 100 mètres de hauteur, ils sont situés au-dessus d’une dalle pavée de motifs visibles depuis les étages élevés. Les styles varient entre les fenêtres encadrées de rouge de l’hôtel Novotel Paris Tour Eiffel, l’empilement de blocs vitrés la tour Totem, ou les pans coupés de la tour Cristal, dernière née en 1990. L’ensemble est équilibré par de petits espaces verts, notamment le square Béla Bartók qui accueille la fontaine Cristaux de Jean-Yves Lechevallier.

Les serres du parc André-Citroën (1992)

Occupant l’emplacement des anciennes usines Citroën, le parc André Citroën est un des plus remarquables parcs paysagers parisiens. Ces 14 hectares de verdure qui jouxtent l’hôpital Pompidou sont l’œuvre de deux paysagistes réputés, Gilles Clément et Allain Provost, ainsi que des architectes Patrick Berger, Jean-François Jodry et Jean-Paul Viguier. Ce grand parc composé de plusieurs jardins à thèmes est articulé autour d’un chemin en ligne droite bordé d’un canal, qui part de la Seine pour rejoindre deux grandes serres jumelles créées par Patrick Berger. De 15 mètres de hauteur sur 45 de long, elles abritent pour l’une, une orangerie, pour l’autre, un jardin austral. Les serres donnent à voir entièrement leur structure, avec une lisibilité et une simplicité qui créent un volume équilibré et dynamique, reflété par six autres petites serres, une par jardin thématique.

Serres du Parc André-Citroën en 2009 par JL Zimmermann-WimediaCommons

De l’hôpital à l’écoquartier Boucicaut (1897- 2016)

Il est étonnant de faire un tour dans l’actuel écoquartier Boucicault, à l’emplacement de hôpital construit en 1897 grâce au legs de Marguerite Boucicaut (1816-1887), veuve du fondateur du Bon Marché. L’hôpital était composé de treize pavillons et d’une chapelle séparés par des jardins, une organisation révolutionnaire pour l’époque qui permettait d’éviter les contagions infectieuses en répondant aux concepts de Pasteur.

L’écoquartier Boucicaut occupe, à la place de l’ancien hôpital, le quadrilatère formé par les rues de la Convention, de Lourmel, des Cévennes et Lacordaire. Il dévoile un mélange de vieux bâtiments en meulière et de nouveaux immeubles de haute qualité environnementale qui s’organisent autour d’un square rénové. De cet ensemble émerge la chapelle de l’ancien hôpital, construite dans la lignée des églises parisiennes néo-byzantines des années 1860-1890. Le 130 rue de Lourmel accueille le Paris Innovation Boucicaut, un immeuble de 6 300 m² conçu par Paul Chemetov, réunissant un « incubateur » public et un « accélérateur » privé, évoqués dans le journal 15 numéro 498. Côté rue Lacordaire, les pavillons en briques rouges ont été conservés, tout comme le pavillon d’entrée rue de la Convention, transformé en école. L’ensemble comprend aussi des commerces et des logements sociaux.

Du bâtiment Perret (1929-32) à l’Hexagone Balard (2015)

Des travaux importants ont remodelé les anciens bâtiments de l’état-major de l’Armée de l’air avec la constitution d’un Pentagone à la française. Mais la modernité n’efface pas la tradition et l’ancien siège des services techniques des constructions navales de la Marine nationale, construit entre 1929 et 1932 par les frères Perret, demeurent intégrés au nouveau site. Les façades et toitures de l’édifice sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. La structure apparente, faite de pilastres en béton armé, donne un rythme régulier au bâtiment, avec des lignes horizontales et verticales bien marquées.

Inauguré en 2015, le projet de l’Hexagone Balard regroupant les états-majors des forces armées françaises a été initié en décembre 2007 par Hervé Morin, alors ministre de la Défense. Ce nouveau ministère réunit sur un même site 9 300 militaires et civils dans un total de 280 000 m² de bâtiments neufs ou rénovés. Le nouveau bâtiment central se caractérise par une architecture géométrique et futuriste, surmonté de la plus grande toiture solaire de Paris avec 5 000 m² de panneaux photovoltaïques.

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