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Le Paris de Balzac : déambulation au fil de la Comédie Humaine

Paris et Balzac sont indissociables. Celui dont la gigantesque Comédie Humaine compte une centaine de livres prend souvent pour toile de fond la capitale. C’est le plus fidèle témoin du Paris d’avant Haussmann, dont il avait pressenti la démolition partielle, comme d’ailleurs Hugo. Quelques exemples au hasard. Dans Le Père Goriot, ce sont trois images de la ville qui transparaissent, trois quartiers renvoyant chacun à une classe sociale distincte : – la Montagne Sainte Geneviève des étudiants, quartier pauvre alors comme l’était la rue Broca à l’époque des contes de Pierre Gripari ; – la Chaussée d’Antin, rive droite, le coin de la bourgeoisie de la finance et du commerce ; – et le Faubourg Saint Germain de la noblesse, ces hôtels particuliers tracés sur le long des anciennes allées du jardin de la Reine Margot. Dans Le Cousin Pons, le quartier des Provinces sert au cadre du récit, c’est dans ces rues qu’évoluent ses personnages, à l’instar du héros qui habite avec son ami Schmucke rue de Normandie. Dans La peau de Chagrin, Raphaël manque de se jeter dans la Seine avant d’entrer dans un magasin d’antiquités, quai Voltaire, son dernier Napoléon dépensé. En sortant, il est bousculé par quelques amis qui l’entraînent sur le Pont-des-Arts, « d’où, sans les écouter, il regardait la Seine dont les eaux mugissantes répétaient les lumières de Paris. Au-dessus de ce fleuve, dans lequel il voulait se précipiter naguère, les prédictions du vieillard étaient accomplies, l’heure de sa mort se trouvait déjà fatalement retardée. » Ils partent ensuite festoyer rive gauche, « dans un salon qui resplendissait de dorures, de lumières, et où ils furent aussitôt accueillis par les jeunes gens les plus remarquables de Paris ».

Du Marais à la Folie Beaujon

Parisien par sa mère et Gascon par son père, Balzac naît en Touraine. Il est élevé quatre ans chez une nourrice, placé dans une famille à Tours, devient interne entre 1807 et 1813 au pensionnat des Oratoriens de Vendôme. En 1814, la famille déménage à Paris, à l’emplacement de l’actuel 122 rue du Temple. C’est la première fois qu’il vit avec ses parents, mais pas pour longtemps. Il étudie au lycée Charlemagne, et entre à la pension Lepître, 37 rue de Turenne. Cette solitude et cet abandon maternel transparaissent dans les états d’âme de Félix de Vandenesse dans Le Lys dans la Vallée et le Balzac biographique de Zweig.

La maison de Balzac, devenue musée, est un lieu inspirant, à la lisière des anciens villages d’Auteuil et de Passy rattachés à Paris avec l’annexion de 1860. Elle avait la particularité de disposer de deux entrées, une en haut, rue Raynouard et celle plus discrète du bas, donnant sur l’actuelle rue Berton et par laquelle, dit-on, il échappait à ses créanciers. C’est rue Fortunée – devenue la rue Balzac -, sur le terrain de la Folie Beaujon, un domaine de plaisance aristocratique, qu’il achète en 1846 sa dernière demeure. Elle est en partie visible aujourd’hui, dans le jardin de l’hôtel Salomon de Rothschild construit ultérieurement et qui abrite la fondation nationale des arts graphiques. Avant d’arriver là, Balzac aura aussi été imprimeur rue Visconti, l’une des nombreuses étapes de sa vie parisienne évoquées par Patrice Boussel dans sa notice du Guide du Paris Mystérieux, entre le Marais et l’ouest de Paris.

Les cafés du boulevard du Temple

Même si l’on se cantonne au seul Marais, un article du site Terres d’écrivains brasse une masse d’informations, évoquant aussi bien les adresses de Balzac et celles de ses personnages. On y retrouve notamment quelques lieux de plaisirs balzaciens comme ces cafés et théâtres du boulevard du Temple, qualifié de Boulevard Du Crime dans la pièce de Frédérick Lemaitre.

« A l’angle de la rue Charlot et du boulevard du Temple (n°27 actuel), se trouvait le restaurant du Cadran Bleu. A côté, au n°29 actuel (annexe de la bourse du travail), se trouvait le Café Turc, rendez-vous des élégants et des élégantes. On retrouve ces deux établissements dans plusieurs endroits de La Comédie Humaine. Balzac note bien qu’ils sont à la mode jusque dans les années 1820, époque à laquelle le boulevard des Italiens commence à détrôner le boulevard du Temple. En face, on aperçoit le n°42 du boulevard, qui sera la demeure de Flaubert entre 1856 et 1869. (…) Au 48 boulevard du Temple se trouvait le théâtre du Panorama-Dramatique, où joue Coralie et où Lucien de Rubempré fait sa connaissance dans Les Illusions perdues. Aux 68 et 70 du boulevard se tenait le théâtre de la Gaieté, de moindre renommée, où l’on va souvent dans La Comédie humaine. »

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