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A la découverte de quelques ambassades du 16e

Revue en textes et en images de dix ambassades du 16e, installées dans des hôtels particuliers, des villas fleuries ou des demeures cossues souvent retirées à l’écart de l’agitation parisienne.

Ambassade du Maroc

Le 16e est l’arrondissement qui compte à Paris le plus grand nombre d’ambassades. Ses larges avenues peuplées d’hôtels particuliers et ses villas fleuries aux demeures cossues accueillent les représentations étrangères en France, avec le faste requis en pareilles circonstances. Mais on dénombre aussi quelques bâtiments modernes construits à la demande de certains pays pour héberger leurs représentations parisiennes.

La fonction d’une ambassade est de représenter un État auprès d’un autre. Par extension, le terme est utilisé pour désigner le lieu où sont établis les locaux de cette activité. Le rôle premier de l’ambassade est d’entretenir des relations diplomatiques avec le pays hôte. Elle comprend également une section consulaire qui permet à ses expatriés d’effectuer une série de démarches administratives.

Il est d’usage de distinguer le bureau de l’ambassadeur – ou chancellerie – et la résidence de ce dernier, dont il ne sera pas ici question, à moins que les deux ne soient réunis en un même lieu.

A l’inverse d’une idée reçue, une ambassade n’est pas considérée comme faisant partie du territoire national du pays qu’elle représente, bien que son inviolabilité soit garantie par la convention de Vienne.

Revue d’une dizaine des 82 ambassades sises dans le 16e.

Ambassade de la République fédérale d’Allemagne

Si la rue Marbeau accueille depuis le début de l’année 2016 la chancellerie de l’ambassade d’Allemagne, dont le siège de l’avenue Franklin Roosevelt, est en travaux jusqu’à l’été 2018, le lieu accueillait déjà la demeure de l’ambassadeur de RDA et, depuis 1990, le consulat de l’Allemagne réunifiée.

Trois bâtiments de la rue Marbeau, à l’orée du bois de Boulogne, accueillent aujourd’hui le personnel de la chancellerie et du consulat : le consulat au numéro 28 et au 26, puis au 24, provisoirement donc, la chancellerie.

On peut noter que l’hôtel particulier du numéro 26 fut l’ancienne résidence de l’ambassadeur de la RDA et, auparavant encore, la demeure privée de Raymond Poincaré, président de la République française entre 1913 et 1920, qui y mourut en octobre 1934.

A l’été 2018, à l’issue de deux ans et demie de travaux, la chancellerie retrouvera ses locaux de l’avenue Franklin Roosevelt, soit un édifice typique des années 1960 dont l’architecture contraste avec les immeubles environnants et le Grand Palais qui lui fait face. Au 24 de la rue Marbeau reviendront la représentation de l’ambassade auprès de l’Unesco et, au 26, la résidence du ministre plénipotentiaire de l’Ambassade qui ont vocation, comme le consulat, à y demeurer.

24 rue Marbeau
01 53 83 45 00

Ambassade de la République argentine

L’ambassade de la République argentine se niche dans un bâtiment Belle Epoque construit à la fin du 19e siècle par Jacques Hermant, l’architecte de la salle Gaveau.

C’est en janvier 1895 que l’entrepreneur et amateur d’art Léon Orsodi commande l’immeuble à Hermant, afin d’habiter ce palais qu’il transforme en musée, jusqu’à sa mort en 1923.

Du point de vue architectural, l’édifice illustre le style de la Belle Epoque, par un mélange d’ornementation et de pureté des lignes, combinant influence de l’Art Nouveau et rigueur haussmannienne. L’hôtel respire cette atmosphère d’optimisme insouciant qui précède la Première Guerre mondiale. Deux curiosités sont à noter : la frise de la galerie des singes au premier étage et le salon mauresque du rez-de-chaussée, qui accueille aujourd’hui la bibliothèque Jorge Luis Borges.

En janvier 1926, l’immeuble est acheté au nom du gouvernement argentin. Il accueille d’abord la résidence de l’ambassadeur, avant l’ambassade proprement dite en février 1964.

Dans la cour, un bâtiment doté d’un escalier art déco à la remarquable balustrade en fer forgé a été construit au cours des années 30 par l’architecte Henri Royer.

L’ambassade et sa section consulaire organisent de nombreux événements : visites, expositions, concerts ou projections.

6 rue Cimarosa
01 44 05 27 00

Ambassade Royale du Danemark

Avenue Marceau, à deux pas de l’Étoile, un bâtiment moderne se distingue par sa façade juxtaposant une multiplicité de cellules aux lignes perpendiculaires : l’ambassade du Danemark.

L’édifice a été construit en 1968 par deux architectes, le Danois Preben Hansen et le Français Bernard Zehrfuss, lequel a aussi contribué à ériger le siège de l’UNESCO dans un style assez voisin et, dans un registre monumental, le CNIT à la Défense. Certes, Zehrfuss est aussi connu pour quelques constructions plus controversées à l’image du grand ensemble à Clichy-sous-Bois – Montfermeil.

Pour rompre la monotonie de cette géométrie, les architectes ont placé une grille de béton lisse devant les baies carrées ou rectangulaires. Le résultat peut susciter les appréciations les plus contrastées.

À l’inverse d’une tendance consistant à établir des chancelleries étrangères au sein d’hôtels particuliers parisiens déjà anciens, quelques ambassades se sont installées dans des édifices bien plus récents, construits spécialement à cet effet, comme ce fut le cas de l’ambassade du Danemark.

77 Avenue Marceau
01 44 31 21 21

Consulat général d’Italie

A deux pas des jardins du Ranelagh, le consulat général d’Italie occupe un hôtel particulier en pierre de taille dont la façade est située rue du Conseiller-Colligno, tandis que le jardin donne sur le boulevard Émile-Augier. C’est par ce côté que le public est invité à y pénétrer.

Il ne faut pas confondre le consulat général d’Italie, représentation consulaire de la République italienne en France, avec son ambassade parisienne qu’abrite le célèbre hôtel de Boisgelin, sis rue de Varenne dans le 7e arrondissement. 

Le 12 mai 1959, il fut inauguré en présence du sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères Alberto Folchi, de l’ambassadeur Leonardo Vitetti et du consul général Ettore Baistrocchi. L’hôtel particulier venait alors d’être restauré par l’entreprise Fratelli Pagnanini, sous la direction de l’architecte A. Spazzini.

Quant à la rue du Conseiller-Collignon, ouverte en 1923 sur l’emplacement de l’ancien parc de la Muette, elle perpétue le souvenir d’un conseiller d’État engagé volontaire à 58 ans en 1914 et tué au combat un an plus tard. Pierre Mendès-France vécut au n° 23 de la rue, de 1945 jusqu’à sa mort en 1982. Le célèbre cinéaste François Truffaut habita aussi, avec son épouse Madeleine Morgenstern, un appartement où il tourna de nombreuses scènes de La Peau douce, film sorti en 1964.

5 boulevard Emile-Augier
01 44 30 47 00

Ambassade du Liban

L’ambassade du Liban est installée rue Copernic dans un très bel hôtel particulier construit à la fin du 19e siècle. Acquis en 1944 par l’État libanais, il abrite les différents services de la chancellerie jusqu’en 1959, date à laquelle il devient la résidence de l’ambassadeur. A la même époque, un immeuble de quatre étages qui abrite désormais les bureaux est érigé dans le jardin attenant.

L’ambassade comporte une section consulaire dont les locaux se trouvent également dans le 16e, au 123 avenue Malakoff.

Jadis laissé à l’abandon, l’hôtel particulier de la rue Copernic est devenu, grâce à la volonté de la communauté libanaise, un lieu de rayonnement de l’histoire et de la culture du Liban, qui entretient depuis toujours avec la France une amitié profonde. Dès le départ, de nombreux mécènes et artistes ont offert des œuvres à l’ambassade, parmi lesquels le sculpteur Michel Basbous ou le peintre Elie Kanaan.

L’ambassade est également un espace ouvert, un lieu de rencontre pour tous les Libanais. A une certaine époque, il n’était pas étonnant de voir chaque jour 200 à 300 étudiants y faire la queue pour demander une aide, un conseil, ou simplement pour venir se rencontrer.

A présent, l’ambassade souhaite devenir un espace avant-gardiste dédié au design libanais. Les bureaux et la résidence de l’ambassadeur s’apprêtent à accueillir une exposition artistique permanente qui mettra à l’honneur l’art libanais sous toutes ses formes.

3 villa Copernic
01 40 67 75 75

Ambassade du Royaume du Maroc

L’ambassade du Maroc occupe un emplacement unique, à l’orée des jardins du Trocadéro, à quelques mètres seulement du palais de Chaillot conçu pour l’exposition universelle de 1937. Il est situé au numéro 5 de la rue le Tasse, en réalité une impasse partant de la rue Benjamin Franklin et au bout de laquelle se dresse, immense et majestueuse, la Tour Eiffel. Elle a été ouverte en 1904. Deux ans avant, la Ville de Paris s’était interdit de construire dans les jardins du Trocadéro en bordure de cette voie.

L’hôtel particulier du 5 rue Le Tasse, dit hôtel Mahieu, a été achevé en 1907 sur les plans de René Sergent, pour la veuve Marie-Louise Mahieu-Ferry, issue d’une famille d’Armentières dont la fortune s’était établie dans l’industrie du lin. C’est un édifice de style néoclassique, au premier étage duquel les baies en plein cintre sont surmontées de bas-reliefs représentant des amours.

L’intérieur de l’édifice est aménagé avec un faste extraordinaire, colonnes de marbre, miroirs bordés de dorures et plafond peints, tandis que ses grandes baies vitrées permettent au regard de plonger dans la verdure du parc.

Le 15 février 1956, l’hôtel Mahieu a accueilli la délégation marocaine venue négocier avec la France en vue de son indépendance. Le 2 mars 1956, date de la proclamation officielle de l’indépendance du Maroc, le bâtiment est devenu la représentation diplomatique du royaume en France.

5 Rue le Tasse
01 45 20 69 35

Ambassade du Mexique

L’ambassade du Mexique est l’une des plus étonnantes qui soient. D’abord, parce que son bâtiment a été conçu, dès l’origine, pour accueillir la chancellerie. Ensuite, parce que c’est un témoignage exceptionnel de l’art décoratif à Paris. Enfin parce qu’elle été la demeure de grands hommes de lettres : en 1950, le prix Nobel de littérature Octavio Paz, alors attaché culturel, y a rédigé son célèbre essai sur l’identité mexicaine, Le Labyrinthe de la Solitude. Carlos Fuentes fut aussi ambassadeur de 1975 à 1977, qui disait que « l´ultime patrie d’un latino-américain, c’est la France ».

Ce n’est pas un hasard si le bâtiment est situé aux abords de la place d’Iéna, dans un quartier marqué par l’art déco, entre le palais de Chaillot et le palais de Tokyo construits à l’occasion de l’exposition internationale de 1937. A ceci près que le bâtiment de la rue de Longchamp a été bâti en 1927, deux ans après le Salon international des arts décoratifs et industriels.

En 1926, l’ambassadeur Alberto Pani demande à l’architecte André Durand d’appliquer les principes de l’art décoratif à l’ambassade qu’il édifie sur le jardin de l’hôtel de la duchesse de Luynes, avenue du Président Wilson.

Sur la façade de briques, on distingue un aigle mexicain dessiné en pierres de couleurs, tandis que l’intérieur frappe par son vestibule cubiste et géométrique, sa coupole à tambour, ses luminaires aux formes structurées.

9 rue de Longchamp
01 53 70 27 70

Ambassade des Philippines

Dans une de ces allées tranquilles qui font le charme du 16e, au coin de la rue du Ranelagh et de la rue de Boulainvilliers, se dissimule au regard le hameau de Boulainvilliers. Au numéro 4 du hameau se love, dans une tranquille sérénité, l’ambassade des Philippines. Le gouvernement philippin a acheté la maison en 1992, pour y installer les services de l’ambassade, puis le consulat. Auparavant, la première chancellerie se trouvait déjà dans le 16e, au premier étage du 39 avenue George Mandel.

Le bâtiment, une maison en briques du 19e siècle, a été construit dans les années 1850. Il a ensuite appartenu à Gabriel-Marie-François, 12e duc de La Rochefoucauld (1854-1926), lointain descendant du célèbre mémorialiste.

L’édifice, qui compte trois étages, est doté d’un sous-sol accueillant aujourd’hui le consulat et d’un jardin charmant.

La propriété est semée de statues et de tableaux du héros national philippin, José Rizal (1861-1896), exécuté pour avoir défié les espagnols. Poète, dramaturge et romancier, il s’inspira de la révolution française pour semer les graines de la révolution philippine.

4 hameau de Boulainvilliers
01 44 14 57 10

Ambassade du Portugal

L’histoire de cet hôtel particulier est liée à celle de la marque de chocolat Menier et à la ville de Noisiel, en Seine-et-Marne, dont la rue porte le nom. Après avoir créé son usine au bord de la Marne – magnifique exemple d’architecture industrielle de la fin du 19e siècle -, la famille Menier, achète le terrain en 1892 pour y ouvrir deux nouvelles rues dénommées Noisiel et Charles-Lamoureux. Sur une partie du terrain irrégulière, la famille Lévy commande à Louis Parent un hôtel que celui-ci parvient à édifier selon plan harmonieux (il est aussi l’auteur de l’hôtel Menier qui accueille aujourd’hui le musée Jacquemart-André).

Durant la Première Guerre Mondiale, Raphael-Georges Lévy, ami de Proust, y installe un hôpital militaire. De 1930 à 1933, malade et sédentaire, il transforme le rez-de-chaussée en un salon artistique et littéraire que fréquentent artistes, intellectuels, sans oublier le roi des belges ni le président chinois.

Le Portugal achète cet hôtel le 1er janvier 1936 pour y installer non seulement la résidence française de son ambassadeur, mais aussi la chancellerie. En 1946, l’hôtel particulier est réaménagé sous les ordres de l’architecte portugais Raoul Lino, qui le dote de décors et de meubles toujours visibles aujourd’hui.

1 rue de Noisiel
01 47 27 35 29

Ambassade de Russie

Boulevard Lannes, entre le stade de la Muette et la piscine Montherlant, l’ambassade de Russie occupe un bâtiment particulièrement imposant. Il a été conçu entre 1974 et 1977 sur les plans des architectes Pokrovski, Klimotchkine et Lisitchkine dans un style brejnévien (il a d’ailleurs été inauguré le 22 juin 1977 par le chef de l’État soviétique Léonid Brejnev). La construction avait été confiée au promoteur George Vari, également à l’origine de la tour Montparnasse. 

Le bâtiment a la forme d’un parallélépipède refermé sur une cour intérieure. Cet ensemble gigantesque inclut des logements pour les collaborateurs et leurs familles, une salle de concert de 450 places et l’École de l’ambassade de Russie à Paris. Outre les bureaux, une importante partie de l’ambassade est occupée par de grandes salles de réception pouvant accueillir jusqu’à 3 000 personnes.

Le hall principal est garni de marbre blanc et couronné d’une construction originale suspendue au plafond. Les salles de réception sont décorées de tapisseries, de sculptures et de toiles peintes par des artistes soviétiques.

40-50 boulevard Lannes
01 45 04 05 50

Toutes les photos sont de Philippe Muraro, à l’exception de celles de l’ambassade de Russie et du consulat général d’Italie.

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